Depuis maintenant cinq ans, Edwin Avaert et sa compagne exploitent le restaurant Le petit prince de Ligne à l’entrée du village du même nom. À l’instar de tous ceux qui travaillent dans le secteur Horeca, voilà huit mois que ce jeune couple traverse une période extrêmement compliquée sur le plan professionnel en raison de la crise sanitaire.

Lors du premier confinement de mars dernier, ils avaient déjà dû mettre à l’arrêt leurs deux employés, à savoir un cuisinier et un serveur. Ces derniers sont à nouveau en chômage technique depuis que les cafés et les restaurants ont dû refermer leurs portes suite au retour en force de l’épidémie.

À l’époque de la première vague, Edwin et sa compagne avaient déjà dû s’adapter et innover, sans quoi celle-ci les aurait déjà engloutis financièrement.

"Durant la fermeture contrainte et forcée du restaurant, nous avons commencé à livrer gratuitement à domicile des plats tout préparés dans un vaste rayon géographique couvrant une bonne partie de la Wallonie Picarde. Cette formule a remporté un succès inespéré auprès des clients ayant peur de se déplacer par crainte d’attraper le virus. Histoire d’éviter les contacts rapprochés, nous leur demandions de mettre l’argent dans une enveloppe tandis que leurs commandes étaient déposées dans un box devant leur porte."

Notre interlocuteur a également profité du lockdown pour agrandir son établissement en aménageant une nouvelle salle qui était prévue de longue date. Cette extension lui a permis à la sortie du confinement de maintenir le même nombre de tables tout en respectant les distanciations sociales. "Nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir compter sur le retour d’une clientèle extrêmement fidèle et solidaire car ce n’est pas avec les seules aides gouvernementales que nous aurions pu nous en sortir." Hélas, c’était sans compter sur l’arrivée de la 2eme vague qui a contraint les dirigeants du pays à refermer l’Horeca et dans la foulée les commerces non essentiels pour éviter la saturation des hôpitaux.

Pour Edwin et sa moitié, il a fallu de nouveau faire preuve d’imagination et se réinventer afin d’éviter de devoir mettre définitivement la clé sous le paillasson. Tout en poursuivant la livraison (service traiteur), le couple s’apprête à inaugurer une boutique de plats à emporter et de produits régionaux en attendant de pouvoir rouvrir le restaurant. Ce point de vente sera accessible du jeudi au samedi à partir du 12 novembre prochain. "La concurrence du take away est désormais beaucoup plus forte car de nombreux restaurateurs s’y sont mis à leur tour pour survivre."

Comme bon nombre de restaurateurs, ils ne sont pas tendres avec la manière dont le gouvernement gère cette crise sanitaire.

"C'est à nouveau l'Horeca que l'on pénalise alors que des études démontrent que ce secteur est responsable d'à peine 0,5% des contaminations Covid. Ces décisions sont d'autant plus incompréhensibles que les transports en commun sont quotidiennement bondés. En attendant, nous devons vivre sur nos réserves. Le premier confinement avait déjà fait de gros dégâts au sein de notre corporation mais celui-ci risque encore de faire bien plus mal et d'entraîner des faillites en cascade. Et personne ne peut garantir qu'il n'y aura pas une 3e vague! Personnellement, je connais des confrères qui ont décidé de jeter l'éponge. À ce stade, nous n'avons aucune certitude que les restaurants, du moins ceux n'ayant pas encore déposé le bilan, pourront rouvrir durant la période des fêtes de fin d'année."