Le ministère public a requis, jeudi, devant le tribunal correctionnel du Hainaut, division de Tournai, l'acquittement d'un membre de Bruxelles Panthères poursuivi pour menaces et harcèlement. En septembre 2018, le groupe folklorique des "Nègres" de Deux-Acren, n’a pu faire sa traditionnelle sortie comme il l’a fait pendant 37 ans. Les organisateurs et les autorités communales de Lessines avaient pris la décision de suspendre l’événement après la réception de courriers d’un membre des "Bruxelles Panthères", un groupe engagé contre les inégalités qui ont principalement "une substance raciale". L’auteur de la lettre demandait l’annulation et dénonçait le caractère raciste et négrophobe de ce folklore pour lequel des personnes grimaient leur visage en noir.

Le militant avait alors envoyé un deuxième courriel pour répéter son opposition à cette tradition. "Sans réponse de votre part, je vous annonce donc que nous serons nombreux à venir à Lessines, afin de sensibiliser les habitants et les participants des pratiques racistes du Blackface et en particulier de "La Sortie des Nègres" que nous tenterons de faire annuler par tous les moyens nécessaires".

Le Bruxellois a contesté fermement avoir, dans ce courrier adressé au bourgmestre, menacé qui que ce soit. "Nous réalisons des campagnes d’éducation permanente. Nous serions venus pour sensibiliser le public: se grimer en noir c’est raciste et négrophobe!" La prévention de harcèlement est également contestée. "Je n’ai envoyé que deux courriers et ils étaient adressés au bourgmestre!"

Selon la partie civile, si une certaine terreur s’était installée suite aux courriers reçus des Bruxelles Panthères, c’est aussi parce que ce groupement reconnaît sa filiation avec les Black Panthers, "un mouvement américain violent dont plusieurs membres ont déjà été condamnés!", rappelle l’avocat.

"Nous n’avons pas lu le même courrier"

Malgré les différents arguments de la partie civile, la substitut du procureur du roi s’est retrouvée dubitative. "J’ai l’impression que nous n’avons pas lu le même courrier, pas lu les mêmes informations non plus. Je ne trouve pas le caractère menaçant des écrits. Oui, on parle de débordement, mais pas d’agression. Je me suis également renseignée sur les actions des Bruxelles Panthères qui semblent généralement pacifiques: ils écrivent à l’UNESCO, envoient des courriers aux autorités communales, réalisent de la sensibilisation,… Je ne constate aucun élément constitutif de menace. Concernant le harcèlement, seules deux lettres ont été envoyées. Je rappelle que c’est un droit d’adresser ses opinions par courrier et l’ASBL n’en était même pas le destinataire", argumentait la substitut. "Je demanderai donc l’acquittement pur et simple de Monsieur."

Pour les avocats de la défense, "la partie civile a eu la trouille, mais ça ne regarde qu’elle". Insinuant que le nom à consonance arabe de l’activiste a joué un rôle dans la peur engendrée, un de ses conseils a ajouté sur un ton piquant que "cette peur se traduit aussi dans les événements que ces personnes organisent", rappelant ainsi le caractère xénophobe qu’ils imputent à ce folklore lessinois.

Jugement le 6 janvier.