Ce mercredi, le trop bien connu et multirécidiviste, Pascal Delcourt, marchand de chevaux à Ogy (Lessines), comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Tournai. Le prévenu devra répondre de 22 chefs d’inculpation, dont des infractions graves à la loi sur la protection des animaux, mais également de nombreux délits sanitaires tels que l’abattage clandestin, la mise sur le marché de viande impropre à la consommation et la falsification de passeports.

L’audience du jour fait suite à une enquête menée par une juge d’instruction pour des faits commis en 2016. À l’époque, plus de 50 chevaux avaient été saisis chez l'intéressé et confiés à différents refuges. Après cinq ans d’attente, les associations Animaux en Péril, Le Rêve d’Aby, EquiChance, Animal sans Toit et Help Animals, qui avaient recueilli les chevaux confisqués, sont soulagées que ce procès se tienne enfin.

Constituées parties civiles, les ASBL seront représentées par leur avocate Maître Chloé Fobe. Lors de la première comparution en janvier dernier, la juge du tribunal correctionnel de Tournai a garanti que l’affaire serait plaidée ce mercredi 9 juin et que toute la matinée serait réservée à ce procès. Le prévenu a l’obligation d’être présent en vue d’une instruction d’audience. Pour le président d’Animaux en Péril, "le fait que Pascal Delcourt doive se présenter à l’audience l’obligera à s’expliquer personnellement et non pas uniquement par la voix de son avocat. Je me demande comment il va essayer, une fois de plus, de justifier l’injustifiable", commente Jean-Marc Montegnies.

Une vingtaine de bénévoles des refuges Animaux en Péril, du Rêve d’Aby, d’EquiChance, d’Animal sans Toit et d'Help Animals seront présents sur les marches du palais de justice, dès 8h30, soit une demi-heure avant le début de l’audience. Par l’intermédiaire de visuels, ils créeront une haie du déshonneur pour celui qu’ils qualifient de bourreau d’Ogy.

Pour rappel, en date du 16 mai 2016, le commissaire de la police judiciaire de l’arrondissement de Tournai avait contacté plusieurs refuges afin de prendre en charge des dizaines de chevaux détenus dans les installations de Pascal Delcourt, multirécidiviste en matière de maltraitance animale. L’intervention, qui s’étalera sur trois jours, fut ordonnée par la juge d’instruction Sylviane Pichuèque, du parquet de Tournai. A l'époque, Pascal Delcourt fut placé sous mandat d'arrêt et passera au total 40 jours en détention préventive.

Une situation apocalyptique

Pour être intervenues sur place précédemment, les équipes des refuges sont habituées des lieux et trouveront exactement ce qu’elles attendaient. A savoir des dizaines d’animaux, pour la plupart des équidés, détenus sur des champs de terre battue et dans un hangar. Le bâtiment vétuste abritait des chevaux squelettiques. Ceux-ci étaient enfermés dans des stabulations aménagées avec des matériaux de récupération et pouvaient à peine se mouvoir sur une épaisse couche d’excréments. Tous étaient affamés et déshydratés.

Les rapports vétérinaires feront état d’animaux infestés de parasites internes et externes. Les pieds de certains chevaux étaient également dans un état catastrophique alors que d’autres étaient porteurs d’une maladie virale (gourme). Certains équidés présentaient aussi de sérieuses blessures et trois d’entre-eux devront être euthanasiés. Les équipes d'intervention n'étaient pas au bout de leurs peines puisqu'ils découvriront sur place plusieurs cadavres. Celles-ci réussiront néanmoins à sauver une cinquantaine d'équidés ainsi que deux bovins, sans oublier quelques chèvres et chiens de même que des dizaines d’oiseaux.

"En être arrivé là alors que l’individu était censé être contrôlé régulièrement et qu’il avait été condamné quatre ans plus tôt est inconcevable et révoltant. Il est grand temps de mettre un terme à l’activité de ce sinistre personnage", déclare le président d'Animaux en Péril.

Abattage illégal

Le jour de l’intervention, l’horreur avait atteint son paroxysme lorsque les forces en présence sur place découvrirent un atelier d’abattage. Des viscères, encore tous frais, jonchaient le sol de cet endroit sordide, témoignage d’une mise à mort illégale d'un poney quelques heures à peine avant l’arrivée des secours. "Indépendamment du calvaire subi par les animaux, ces pratiques constituent des infractions sanitaires graves. Celles-ci ont été constatées par l’Afsca et font l’objet de plusieurs préventions à charge de Pascal Delcourt dans ce dossier", rappelle Jean-Marc Montegnies. L’association Animaux en Péril, rejointe depuis par ses collègues, est sur le dos du marchand d'Ogy depuis des années. La première condamnation de l’individu remonte à 2009. Ce dernier avait alors laissé mourir de faim de nombreux moutons.

En 2012, Animaux en Péril s’était constituée partie civile suite à la saisie de 17 chevaux. A l'époque, le tribunal de Tournai s’était montré clément et Pascal Delcourt s’en était sorti avec une légère amende ainsi qu’une petite peine de prison, le tout assorti de sursis. Malgré l’appel introduit par l'asbl en charge de la gestion du refuge animalier de Meslin-l'Evêque, la Cour d’appel de Mons avait confirmé le jugement de première instance.

Depuis, plusieurs interventions ont eu lieu chez le tristement célèbre marchand. Les deux dernières grosses saisies, dont une de 14 chevaux datent de juillet et août 2019. Pour Sophie Locatelli, présidente du Rêve d’Aby, "Pascal Delcourt a maltraité des centaines d’animaux depuis des années et écoulé des carcasses non conformes dans la chaîne alimentaire. Comment peut-il encore aujourd’hui exercer pleinement son activité ? Les autorités vont-elles se réveiller?", s'interroge-t-elle.

Au total, ce ne sont pas moins de 22 préventions pour lesquelles Pascal Delcourt est poursuivi. Les principales concernent l'abattage clandestin d'équidés, la détention d'équidés, de bovins et de nombreux autres animaux en infraction avec la législation sur le bien-être des animaux auxquels il convient d'ajouter la vente d'équidés ne pouvant entrer dans la chaîne alimentaire et la falsification de denrées alimentaires qui contiennent des contaminants interdits. La justice reproche encore à Pascal Delcourt d'avoir importé illégalement des équidés, d'avoir rédigé de faux passeports tout en dissimulant l'origine des équidés pour les faire entrer dans la chaîne alimentaire.

Les responsables des associations s'étant constituées partie civile assisteront bien évidemment au procès qu'ils attendent depuis de longues années. Ils espèrent que la justice tournaisienne, après avoir été bien trop clémente avec Pascal Delcourt par le passé, le condamnera cette fois à la hauteur de la gravité des faits. "Indépendamment des peines pénales qui pourront être prononcées, il est impératif que le marchand d’Ogy ne puisse plus exercer son activité. L’interdiction à vie de détenir des animaux, ce que prévoit l’article 40 de la loi sur la protection des animaux du 14 août 1986, doit être prononcée. Si Pascal Delcourt s’en sort encore une fois avec des peines légères ou avec sursis, alors qu’il maltraite les animaux tout en empoisonnant la population, nous perdrons définitivement confiance en la justice", affirme le président d'Animaux en Péril