Le Contrat de Rivière Escaut-Lys compte sur les pêcheurs pour faire un point sur la population de poissons après la pollution.

Outre la crise sanitaire du Covid-19, l’actualité de ces dernières semaines a été marquée par la pollution de l’Escaut. Pour rappel, début avril, la digue d’un bassin de décantation d’une sucrière du nord de la France s’est brisée. Des centaines de milliers de tonnes de pulpes de betteraves en décomposition se sont alors retrouvées dans l’Escaut.

Ces boues ont eu pour conséquence de vider l’Escaut de l’oxygène de l’eau. La population sous-marine a évidemment payé un lourd tribut à la suite de cette pollution. Des tonnes de poissons ont malheureusement effectivement perdu la vie.

Une situation qui s’est produite alors qu’on se trouvait en plein confinement. Si la Fédération des pêcheurs Escaut-Lys et le Contrat de Rivière Escaut-Lys n’ont évidemment pas pu demander à l’époque de l’aide aux pêcheurs, ces derniers peuvent désormais se rendre grandement utiles.

"Après en avoir discuté avec Jean-Christophe Desilve, Président de la Fédération des Pêcheurs Escaut-Lys, nous avons eu l’idée d’associer les pêcheurs en leur demandant de nous aider dans le suivi de la reconquête de l’Escaut par les poissons, comme cela se fait avec les chasseurs qui participent au suivi des populations du gibier", détaille Franck Minette, coordinateur au Contrat de Rivière Escaut-Lys.

Concrètement, maintenant que la pêche est de nouveau autorisée, il est demandé aux pêcheurs de préciser ce qu’ils prennent, ou pas, comme poissons dans l’Escaut, et ce sur une longue durée. "Les pêcheurs peuvent partager avec nous leurs prises sur l’Escaut ou sur les coupures en précisant les espèces, leurs tailles et le lieu sur le groupe Facebook Les pêcheurs de l’Escaut - suivi post-pollution ou par mail via contact@crescautlys.be."

Deux pêcheurs ont pour le moment déjà fait un retour. "Un a pêché une carpe du côté de Vaulx, signale Jean-Christophe Desilve. Un autre est allé utiliser son échosondeur du côté d’Antoing, il a pu y observer des alevins. Cela indique qu’il y a eu de la reproduction et que des petits poissons ont pu naître. C’est tout de même une bonne nouvelle pour le renouveau des populations."

L’ensemble de l’écosystème ayant été perturbé, rien n’assure cependant que ces alevins pourront se développer correctement. "Les alevins se nourrissent au début de plancton. Ils vont manger les petites algues que l’on retrouve dans l’Escaut. Mais, une fois qu’ils vont grandir, il va leur falloir autre chose. Malheureusement, la chaîne alimentaire est aujourd’hui détruite. On ne retrouve par exemple plus beaucoup d’insectes. Peut-être que sur cent poissons qui vont naître, à peine deux arriveront à terme", continue Franck Minette.

L’aide des pêcheurs sera donc essentielle. "Le défi sera de les motiver, pense Louis Brennet, chargé de communication du Contrat Rivière. Tout le monde croit que c’est mort dans l’Escaut donc il est vrai que ce n’est pas très motivant d’aller y mettre sa ligne si on se dit d’avance qu’on ne va rien attraper. Mais même si cinquante pêcheurs différents nous assurent ne rien avoir attrapé, cela sera déjà une indication importante !"

Mickaël Delfosse