Péruwelz : la piscine avec Leuze ne verra pas le jour

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Tournai-Ath-Mouscron

La majorité abandonne le projet supracommunal et mise sur la rénovation de son bassin extérieur actuel, qui date de 1958. Voici le détail des débats du conseil communal.

Lors du conseil communal de Péruwelz, la majorité a confirmé l’abandon du projet de piscine supracommunale avec Leuze. Une décision que l’opposition, dans sa totalité, conteste.

Le bourgmestre, Vincent Palermo (MR-IC), a d’abord tenu à refaire un historique.

"Lors d’un collège fin 2014, nous avions pris une décision de principe au sujet du projet d’implantation d’une nouvelle piscine supracommunale dans le cadre du plan piscines 2014-2020. Le conseil communal du 29 septembre 2016 avait voté un montant de 20 000 € pris sur le droit de tirage à Ipalle. Une somme pour une étude préalable au centre aquatique intercommunal. En conseil, Monsieur Detombe précisait alors : "ça fait environ 2 ans qu’on travaille sur le dossier, l’idée c’est de faire une piscine intercommunalisée entre Péruwelz, Leuze, Beloeil et Condé." Le 1er juin 2018 marque la réception de l’accord de principe et la décision d’octroi de la subvention, un subside 3,163 millions plus un prêt à taux zéro pour le même montant. Le 12 juin, le collège marque son accord de principe de concrétiser le projet. Le 17 juillet 2018, la confirmation de la demande de subvention est transmise par courrier de Daniel Westrade et de Christian Brotcorne, alors bourgmestres. Mais sans contreseing de la directrice générale, ce qui n’a donc aucune valeur juridique. Et quid d’une convention signée officiellement par les partenaires ? Hormis ce vote, le projet a toujours fait l’objet de décisions de principe uniquement. Et le projet global n’a été finalisé que le 8 janvier dernier."

Le bourgmestre a mis ses collaborateurs sur la brèche pour analyser ce dossier. Dont Eric Tilman, directeur du bassin extérieur péruwelzien. Selon lui, la piscine, qui date de 1958 et qui accueille les nageurs durant l’été, est toujours fonctionnelle. Le système de filtration et le chauffage pourraient être revus pour réaliser des économies d’énergie. "Il y a des choses à améliorer mais elle est aux normes. Nous avons anticipé les problèmes. Les pompes ont été envoyées à l’entretien et cette piscine peut encore durer et rester ouverte de longues années."

Le directeur s’est exprimé sur les chiffres liés à l’organisation de la piscine, notamment à ses dimensions. Pour rappel, l’actuelle piscine de Péruwelz s’étend sur 25 x 15 mètres avec aussi un bassin de 10 x15 mètres. Dans le projet supracommunal, il est question d’une piscine de 25 x15 mètres avec un bassin de 10 x 8 mètres. Donc une installation plus petite que celle qui existe ! "Selon moi, les clubs et les écoles ne bénéficieront pas d’assez de place dans la nouvelle structure."

De son côté, le bourgmestre signale au passage que ce n’est pas un projet de centre aquatique avec toboggans et sauna qui a été accepté mais bien celui d’une piscine traditionnelle. "Péruwelz et Leuze avaient aussi rentré chacun de leur côté un projet de rénovation de leur piscine respective mais celle solution n’a pas été retenue non plus."

Le directeur financier de Péruwelz, Alain Leclercq, est entré en piste pour évoquer, bien entendu, les coûts de la future piscine. La piscine actuelle de Péruwelz coûte environ 65 000 € nets par an. Leuze, c’est entre 300 000 et 350 000 €.

"Je rappelle qu’il n’y a jamais eu de décision formelle d’engagement ", dit-il. "A propos du coût de répartition envisagé, Péruwelz devrait prendre en charge un peu plus de 57% des montants liés à la nouvelle piscine et Leuze un peu plus de 42%. Si nous avions un troisième partenaire, nous devrions déjà payer 12% de moins. Je donne les chiffres émanant d’Ipalle, le tout hors TVA."

Justement, pour pouvoir récupérer la TVA, ce que la commune ne peut pas faire, il faudrait trouver un montage juridique et faire appel à une société spécialisée pour analyser la possibilité. "Ici, tout ça n’a pas été fait. Et au niveau de l’acquisition du terrain, nous ne sommes nulle part", précise Alain Leclercq.

Globalement, en comptant la construction, les raccordements et l’acquisition des terrains, il faudrait débourser 8,926 millions. "En comptabilisant le subside de 3,16 millions et le prêt à taux zéro, nous devrions financer sur fonds propres 2,6 millions HTVA. Voilà ce que dit l’étude de faisabilité."

Et les fameux frais de fonctionnement ? En tenant compte des entrées scolaires, des clubs, du grand public et des ventes de la cafétéria, les recettes avoisineraient les 350 000 € par an.

En matière de dépenses, l’étude montre qu’il faudrait 8,5 équivalents temps plein, soit 467000 € de dépenses salariales plus les frais en énergie. On arrive à 750 000 €.

Soit un différentiel de 400 000 € à partager entre les deux communes : 200 000 € chacune.

Sauf que ce n’est pas tout, comme l’explique Alain Leclercq.

"Il faut tenir compte du remboursement des emprunts. Ce qui nous amène à un montant de 726 000 € HTVA tout compris à se partager. Et si on tient compte de la répartition 57% - 42%, Péruwelz devrait donc débourser 417 000 € par an."

Là, ça se corse. La Ville a fait des provisions à hauteur de 3,4 millions. Mais la Ville devra composer avec des investissements à venir au niveau de la zone de secours, de la réforme des points APE et de l’augmentation des bénéficiaires du RIS. La solution ? Augmenter les impôts. Mais la majorité ne le souhaite pas.

Vincent Palermo a tenu à remettre les pendules à l’heure. Il martèle que depuis les balbutiements de ce projet, il s’inquiétait déjà des conséquences financières pour la commune. Et à l’heure de l’abandon du projet, il avance ses arguments.

"D’abord, prive-t-on les gens d’un complexe de loisirs ? Non puisque le projet accepté et subsidié à hauteur de 3,16 millions est celui d’une piscine traditionnelle. On parle ici d’une piscine de 6 couloirs. En guise de comparaison, Tournai va rénover son centre aquatique pour 9 millions."

Vinent Palermo veut dire par là qu’il y a moyen d’aller s’amuser pas loin dans la région.

"En termes de mobilité, qui va laisser son enfant de 6 ou 7 ans se rendre à la nouvelle piscine à vélo en empruntant la N60 ? Pas moi en tout cas. Avec la piscine actuelle, on est au centre-ville et une entrée coûte 2 €. Autre débat : les élèves ne pourront plus apprendre à nager sans cette nouvelle piscine. Faux. Depuis 2 ans et demi, 265 élèves de notre commune sont privés de piscine durant l’année scolaire. Or, le problème est résolu en vue de la rentrée prochaine. Une solution a été trouvée avec un bassin voisin. La piscine de Péruwelz ne serait plus aux normes. Faux. Le directeur de la piscine l’a dit devant le conseil."

Concernant les terrains, à acheter, le bourgmestre craint une spéculation. Certains vont jouer sur le fait qu’il s’agit de très bonnes terres agricoles.

Le coût du projet pose aussi question. "On est à un budget de 7,5 millions HTVA pour la construction. Pour pouvoir récupérer la TVA, il faut trouver la forme juridique adéquate, ce qui nécessite l’expertise d’un privé. A ce stade, aucune étude n’a été menée par un bureau spécialisé. La procédure prendrait entre 8 mois et un an. Or, l’adjudicataire doit être désigné pour mai 2020. Il était question d’unité de valorisation énergétique, UVE, avec Ipalle. Un projet innovant. Un raccordement UVE est-il prévu ? Tout ça n’est plus d’actualité.

Si le projet voyait le jour, que faire de l’ancienne piscine alors ? Nous ne voulons pas d'un chancre en plein centre de Péruwelz, au cœur d’un parc. Et qui va payer le projet ? Faudra-t-il passer par de nouvelles taxes ? Nous ne le voulons pas. Financer la piscine au détriment d’autres projets n’est pas non plus dans nos plans. Il faut penser à la rénovation des voiries, des trottoirs."

Face à ces constats, le bourgmestre est clair. "Il faut garder notre piscine actuelle, la moderniser et phaser les investissements. Elle est en plein air et a son charme. Je suis en campagne électorale et j’aurais pu attendre le conseil de mai pour passer ce point mais nous n’allons pas nous dédouaner. Les subsides ont été accordés par la ministre Valérie de Bue, MR. Il n’est pas évident de dire non à un tel projet. Il faut en avoir pour dire non à sa ministre. Nous ne sommes pas contre la supracommunalité mais pas à n’importe quel prix. Nous allons demander à la ministre d’en revenir aux projets initiaux car cette supracommunalité, ici, n’y est plus. Nous irons à Namur lui en parler s’il le faut. A l’avenir, c’est une intercommunale qui doit mener un projet d’envergure, avec 7 ou 8 communes. Nous disons non à un investissement sur fonds publics sans réelle plus-value à ce stade. On est sur 20 ans là. Et nous n’entendons pas augmenter les taxes. Il y a d’autres projets à mener : à la gare, en matière de sécurité, de mobilité. Et je ne critique pas le collège de Leuze. J’espère qu’il se battra avec nous pour obtenir des subsides pour nos piscines respectives."

Pour l’opposition, cet abandon ne se justifiait pas. Dimitri Kajdanski (PS) s’est quand même réjoui de savoir que la piscine actuelle se portait bien. "Pendant 12 ans au collège, j’ai toujours entendu le contraire. On parlait des problèmes de canalisation, des travaux à faire. On dramatisait. J’ai deux questions. En matière de tuyauteries, on parlait souvent de soucis, de pièces à aller chercher en Suisse. Et au niveau de la machinerie, peut-on trouver des pièces de rechange ? Deux, on est sur une zone marécageuse et c’est un bloc de béton qui a l’époque a été posé sur les marécages. Parfois, ça suinte. Que se passe-t-il dessous ? La stabilité est-elle assurée ? Est-on en présence d’un possible gouffre avec des sables mouvants ? On nous a toujours fait peur."

Concernant les tuyauteries, le directeur, Eric Tilman, a expliqué qu’elles avaient été remplacées il y a deux ou trois ans. "Nous avons effectué de gros travaux pour 16 000 €. Il n’y a plus aucun problème. Quant à la machinerie, toutes les pièces sont réparables. Pour la stabilité de la structure, nous n’avons pas noté de déplacements des bacs. La structure ne bouge pas. Maintenant, il n’y a pas encore eu d’analyse du terrain."

Dimitri Kajdanski se demande dans quelle mesure la création d’une régie ne pourrait pas être étudiée. "Et recontactons Beloeil."

Clarisse Cantillon (PS) s’est elle aussi exprimée. "Depuis 2017, on sait qu'il n'y aura que deux communes qui prendront part au projet. Il est évident que les membres du collège se sont interrogés sur les aspects financiers dès lors que nous savons tous qu'une piscine n'est pas rentable et sur ces interrogations, le collège a fait des choix. Il y a aujourd'hui une marche arrière incontestable, contraire aux promesses électorales. N'en déplaise aux membres du MR, la version écourtée de leur programme, celle distribuée en toutes-boîtes dans l'entité et diffusée sur les réseaux sociaux, reprend un message clair : "mutualiser les moyens avec les communes avoisinantes, comme une piscine, facilitant la pratique d'un sport absent sur l'entité." On demande au conseil communal d'abandonner le projet sur base d'une analyse financière qui certes prend en considération le fait que nous ne devrons plus débourser 65 000 € par an en moyenne pour notre piscine actuelle, mais ce chiffre omet de prendre en considération le coût des investissements futurs annoncés. A supposer que le subside puisse être réaffecté sur la rénovation de la piscine actuelle, quel sera l'impact sur les finances communales ? Et qu'en sera-t-il s'il n'y a pas de réaffectation ? Je n'ai rien entendu à ce propos et dès lors, il n'est pas possible de faire une correcte analyse de la situation."

La conseillère socialiste évoque l’éventualité d’un partenariat public-privé (PPP). "L'analyse présentée omet également d'évaluer l'impact que pourrait avoir un PPP sur les déficits annoncés. Ainsi, aucun modèle de partenariat n'a été ne serait-ce qu'ébauché. Pourtant, ce mode de gestion, cumulé à des activités périphériques, comme du fitness, peut parfaitement éponger une partie du déficit et limiter l'impact sur les finances communales. Des modèles existent comme à Braine-le-Comte. Il est regrettable de constater qu'aucune analyse n'a été réalisée alors que vraisemblablement, si un appel à PPP était lancé, des entrepreneurs se montreraient intéressés. Certes, il s'agit d'entreprises qui cherchent à réaliser des bénéfices, mais un cahier des charges peut être établi imposant des contraintes à l'entreprise retenue et le modèle permet de soulager les finances communales."

Clarisse Cantillon estime que la majorité utilise l'argument de la hausse des impôts locaux pour justifier son positionnement en éludant des questions importantes. "Depuis mai 2018, la date butoir de mai 2020 pour l'attribution du marché est connue. Le délai est serré, mais connu. Il est donc d'autant moins compréhensible qu'à ce jour, le collège n'a aucun début d'information sur le prix d'acquisition du terrain et sur la structure juridique envisagée pour porter le projet. Pas la moindre demande d'information n'a été formulée. D'après les informations reçues en provenance de Leuze, depuis l'installation du nouveau collège, certains membres du collège leuzois auraient cherché, mais sans succès, à susciter des réunions avec leurs homologues péruwelziens. Quant à Ipalle, il faut encore se rappeler que l'intercommunale n'est pas porteuse du projet, mais intervient comme soutien aux communes. Elle peut renseigner, aller chercher des informations, faciliter la prise de décision pour autant que des demandes soient formulées. C'est donc un dossier incomplet qui est arrivé sur la table du conseil communal, la majorité ayant décidé de longue date de ne pas poursuivre le projet."

D’après le bourgmestre, parlant d’un PPP, "une entreprise privée ne va pas gérer une piscine en déficit. Et je n’ai jamais été contacté par qui que ce soit contrairement à ce que vous dites", a-t-il répondu à la conseillère socialiste.

Eric Tilman, directeur de la piscine, se dit sceptique par rapport aux PPP. "En Angleterre, ils en sont revenus. Dans pareil cas, le montant du coût augmenterait, de toute façon. On serait à 12 millions certainement."

Willy Detombe (RPP) avait déjà eu l’occasion de s’exprimer longuement sur le sujet. Il est revenu à la charge. "Vous trompez les gens", a-t-il asséné. Il a fait appel aux conseillers communaux de la majorité et a demandé sans succès le report du point à juin afin de mettre sur pied un groupe de travail réunissant majorité et opposition sur le dossier. "Il reste 13 mois avant l’adjudication. Vous pourriez demander un report du délai."

Colette Bourdon (AC) a rappelé que son groupe n’avait jamais été sollicité auparavant pour donner un avis. "Le collège a eu seul la main dans ce dossier depuis 2014, sauf lors de l’adoption du plan stratégique et au moment d’une seule décision du conseil communal en 2016 pour les 20 000 € concernant l’étude préalable. Y a-t-il eu des études chiffrées, des études de rentabilité ? Si oui, elles n’ont pas quitté la salle du collège, tout comme l’analyse budgétaire qui, dites-vous, vous a été présentée le mois dernier. Devons-nous penser que ce dossier a été mal ficelé ? Devons-nous voir dans votre décision d’abandonner la manifestation des priorités effectives de la nouvelle majorité qui trouve des fonds pour certaines dépenses et qui fait passer au second plan le bien-être et la santé des Péruwelziens ?"

Pour Paul De Bom (AC), "ce projet a été mal emmanché dès le départ, pas expliqué. C’est lamentable. Il nous faudrait un peu de temps pour y réfléchir."

G.Dx