Tournai-Ath-Mouscron Les réactions suite à la déconstruction du Pont des Trous n'en finissent pas.

 Pierre-Emmanuel Lenfant, pour le réseau Archeologia.be, Philippe Pierquin, pour Les Amis de la citadelle de Tournai, Catherine Guisset-Lemoine et Louis-Donat Casterman, pour Pasquier Grenier, et

Ludovic Nys, docteur en histoire de l’art, ont signé une lettre ouverte dont le titre est devant notre monument détruit ...

. Voici le contenu dans son intégralité.

"Ce 2 août 2019, dès les premiers instants, le spectacle offert au public et aux médias fut à la fois pathétique et affligeant. Voir les mâchoires d’acier déchirer, telle une bête monstrueuse, les arches soigneusement et solidement rétablies en 1948 avait quelque chose de révoltant. Les Tournaisiens, au cours de ce dépeçage en règle, ont su contenir leur révolte et faire preuve de dignité. Cette dignité, par contrecoup, n’a rendu que plus manifeste l’incurie de la Région wallonne et de certains de ses dirigeants dans ce dossier. À cause de cette incurie, il a fallu passer par ce lamentable épisode.

Car la prétendue « déconstruction » du Pont des Trous n’en est pas une. Pour des raisons pratiques et budgétaires avancées sans vergogne par le maître d’ouvrage, il s’agit d’une démolition en bonne et due forme. Voilà donc une première entorse au permis accordé, un permis pourtant déjà entaché de graves lacunes juridiques, avec l’absence de déclassement du monument et l’absence de plans précis annexés. Jusqu’à quelles entorses à la légalité, jusqu’à quels mensonges et jusqu’à quelles désillusions devrons-nous aller ensuite ?

Pour le collectif des défenseurs, qui ont été, sans fausse naïveté, des interlocuteurs fiables et constructifs durant ces derniers mois avec les autorités wallonnes, les voyants sont à nouveau au rouge et la vigilance s’impose encore et toujours.

Le prochain rendez-vous sera donc le dévoilement des plans de reconstruction du Pont des Trous, annoncés dans quelques semaines. Nous réservons notre avis et serons particulièrement attentifs, outre la sauvegarde de l’harmonie d’ensemble, à la mise en œuvre des parements de pierre ; il s’impose que l’on atteigne en 2020 la même qualité que celle déployée en 1948. Le passage des navires de la classe Va est une chose, le respect de l’identité de Tournai, aujourd’hui profondément blessée, en est une autre. Ceci doit être entendu très clairement à Namur.

Et puisque tout est dans tout et qu’à un mal doit correspondre un bien, le collectif des défenseurs requiert que le décaissement prochain des couches archéologiques du quai Saint-Brice fasse l’objet d’un suivi scientifique digne de ce nom, selon les modalités qui conviendront. Il serait en effet impensable qu’après avoir dévasté comme on vient de le voir les arches du Pont des Trous, les engins de chantier anéantissent dans la foulée, sans relevés ni fouilles préalables, ce que les berges du fleuve peuvent livrer comme précieux témoins de notre passé le plus lointain, qui est une autre forme de l’identité tournaisienne et, plus largement, de l’identité wallonne."