L’heure n’est plus à la révolte à tous crins, mais à la négociation et à la vigilance constructive.

Àl’arrière de la maison, il y a le plus joli des petits bois. Mais les arbres ont bien du mal à cacher la forêt d’éoliennes, qui poussent comme des champignons, dans le zoning industriel de Tournai Ouest, au grand dam de Bruno Lanssens.

"Notre comité Éoliennes Froyennes, aux côtés de l’Apic, l’association pour l’intégrité des campagnes, qui regroupe les habitants de Blandain, Lamain, Marquain et Hertain, est souvent monté aux barricades. Et nos revendications en matière de préservation de la qualité de vie dans nos villages ont parfois été entendues", rappelle, pour historique de longues hostilités, le porte-parole du comité froyennois.

"L’Apic et l’intercommunale Ideta se sont affrontés pendant près de vingt ans pour empêcher le développement d’un parc gigantesque d’éoliennes, associé à la proximité du zoning tentaculaire de Tournai Ouest et des accès d’autoroute", ajoute Xavier Delbecq, en combattant de la première heure.

Mais aujourd’hui, avec le dernier rebondissement en date et l’octroi ministériel à la société Ventis du permis de bâtir et d’exploiter cinq nouvelles éoliennes, les comitards revendicatifs reprennent du poil de la bête.

"Les riverains n’ont jamais été opposés sur le principe au développement de l’énergie verte. Mais pas à n’importe quelles conditions. En avril 2017, sous l’égide de la Ville de Tournai, un accord de pacification a même été conclu avec Ideta, limitant à douze mâts le parc tournaisien", évoque, avec amertume, Xavier Delbecq.

"Le problème, c’est qu’entre-temps il y a eu des changements d’alliance au sein de la majorité communale. Et que ces accords en font aujourd’hui les frais", constate, dépité, Bruno Lanssens.

Contre vents et marées

Ce que les riverains, de Froyennes à Blandain, reprochent aux éoliennes, c’est avant tout des nuisances insidieuses.

"Depuis que les premières unités ont été mises en action, nombre d’entre nous souffrons de troubles du sommeil liés aux infrasons. Ce perturbateur silencieux est généré, à chaque passage des pales devant le mât, par une dépression d’air", avance pour explication Bruno Lanssens.

Cependant, si des études scientifiques établissent les effets secondaires des infrasons sur l’état d’accablement ou de fatigue, aucune d’entre elles ne démontre pourtant de lien direct avec la présence d’éoliennes dans le champ de perturbations.

Pollution visuelle et environnementale

Les comités de riverains évoquent aussi la détérioration de leur cadre de vie et remettent en cause le bien-fondé d’une telle politique d’énergie renouvelable.

"Au niveau économique, il semblerait que le principal motif pour lequel cette énergie continue à se développer se retrouve du côté des intérêts financiers privés qui sont garantis par le financement public des certificats verts", n’hésite pas à émettre pour critique notre interlocuteur, abasourdi par la décision des ministres du gouvernement wallon.

"Nous attendons avec impatience de connaître les motivations de cet arbitrage pour le moins surprenant à nos yeux. Et nous envisagerons, le cas échéant, tout recours possible."