Comme bon nombre de ses confrères et consœurs, Rosario Iudica est contraint de laisser fermer son salon de coiffure, qu'il gère avec son fils Cesare, situé depuis bientôt 14 ans le long de la rue du Bourdon Saint-Jacques à Tournai. Actif depuis qu'il a 19 ans, soit déjà 32 ans de carrière, Rosario assure ne pas voir un futur sans nuages pour son établissement.

Est-ce que vous vous attendiez à fermer une nouvelle fois votre salon ?

"Oui, je m'y attendais parce que j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'autres solutions que de fermer les commerces. Je ne m'attendais cependant pas à ce que cela ne touche que les coiffeurs et les esthéticiennes. Je trouve cela complètement ridicule. Dans six semaines, cela va recommencer. S'il fallait faire quelque chose d'efficace, il fallait tout fermer pendant au mois six, huit semaines. Évidemment, il faut bien laisser ouvert les commerces de première nécessité pour ne pas laisser la population mourir de faim mais tout le reste devait fermer, voire les frontières comme cela a été le cas lors du premier confinement."

Pensez-vous que le virus puisse circuler dans votre secteur ?

"Non, ce n'est pas nous qui créons des problèmes. Nous avons de notre côté un grand salon qui nous permet de laisser trois à quatre mètres entre chaque client qui a sa cape et sa serviette lavées ainsi que son siège désinfecté. Quant à nous, nous portons le masque depuis notre réouverture en mai et on se désinfecte systématiquement les mains. Ce n'est pas chez nous que l'on peut attraper le coronavirus. On s'occupe de chaque client, à un la fois. Les clients ne sont même pas en contact les uns avec les autres. D'ailleurs, ils nous disent clairement se sentir en sécurité chez nous. On nous sanctionne alors que l'on prend toutes les mesures qu'il faut... Mais que voulez-vous faire ? On ne va pas descendre dans la rue avec nos peignes et nos ciseaux."

Pensez-vous que ces mesures seront prolongées au-delà du 13 décembre ?

"Je pense effectivement que cette date va être repoussée. Dans la logique, on partira vers le mois de janvier. Si on peut retravailler le 15 décembre, je pense que cela sera un miracle, surtout lorsque l'on voit que nous sommes actuellement à 15 000 nouveaux cas par jour..."

Le premier confinement vous a-t-il laissé des traces ?

"Oui et je dois avouer que c'est très compliqué. Il faut savoir qu'avant le confinement, en mars dernier, on sortait à peu près des périodes des fêtes où nous avions fait un bon travail. Comme nous n'étions pas encore confrontés à ce virus, nous avions pu mettre un peu d'argent de côté. On a dû fermer à peu près deux mois. Cet argent de côté, malgré les aides de l'état, nous a été grandement utile. Lorsque nous avons repris le travail en mai, nous avons eu, durant deux-trois semaines, beaucoup de travail. Malheureusement, c'est un peu comme un avion qui décolle et qui n'atteint pas sa vitesse de croisière. Après cette période, cela s'est vite calmé. Depuis, pour ma part, je suis à peu près à 50% de travail par rapport à ce que je fais d'habitude. Ce qui veut dire que, pour affronter cette nouvelle période de fermeture, je n'ai plus d'argent de côté. J'arrive à peine à payer les factures. Nous avons eu une autre aide de l'état mais heureusement que ma femme travaille."

Justement, au niveau des aides, attendez-vous un signal fort de la part du gouvernement, fédéral ou wallon ?

"Je trouve que si on donne l'aide qui a déjà été donnée précédemment, et qu'elle soit en plus doublée, cela sera déjà pas mal. Maintenant, il est clair que je comprends qu'avec les milliers d'indépendants qu'il y a en Belgique, cela n'est pas évident. Merci au gouvernement, mais c'est clair que ce n'est pas assez. Cela va à peine couvrir les loyers voire certaines factures mais on ne sait pas tout payer avec cela. Maintenant, si la fermeture ne dure pas trop dans le temps, ça va. Mais si cela s'éternise, cela n'ira pas. Il faut espérer que cette fermeture fera prendre conscience aux clients que le coiffeur et les autres commerces sont importants et qu'ils y reviendront peut-être un peu plus régulièrement ou plus facilement. On sent que les gens ont peur..."

Et vous, vous avez peur pour la survie de votre salon ?

"Forcément. Cela fait 32 ans que je suis installé, j'ai toujours tout fait pour faire évoluer mon travail et vivre décemment. Je fais aussi vivre mon fils et je trouve que c'est un honneur de pouvoir lui fournir un travail. Cela fait plusieurs mois que j'essaie de lui fournir ce travail tout en prenant sur moi. J'ai peur pour lui, j'ai peur pour moi... Après 32 ans de carrière, fermer mon commerce, c'est hors de question mais je ne vois pas le futur comme un ciel sans nuages..."