Avec ses lunettes de soleil pour ne pas être reconnu, Pascal Delcourt, surnommé le bourreau d'Ogy a discrètement monté les marches du Palais de Justice de Tournai, ce mercredi. Pour l'accueillir, une haie de déshonneur a été établie par différentes associations du bien-être animal. Au total, le prévenu devait répondre de 22 chefs d'inculpation.

Pour rappel, on reproche essentiellement à ce bourreau d'avoir abattu clandestinement des équidés dans sa ferme située dans l'entité de Lessines et d'avoir laissé plusieurs animaux dans des conditions lamentables. C'est donc pour des faits de 2016, que Pascal Delcourt devait comparaître devant la barre. Celui-ci semblait d'ailleurs ne pas prendre conscience de la cruauté de ses actes et contestait la plupart des faits.

La première prévention concernait les 52 faux passeports de chevaux retrouvés à son domicile ainsi que chez sa maman. "Lorsque j'achetais des équidés, ceux-ci étaient livrés à mon domicile. Mon vétérinaire faisait le nécessaire par rapport aux prises de sang et vérifiait les passeports. Si tout était en ordre, le cheval pouvait être abattu. Quand je les amenais à l'abattoir, les passeports étaient encore contrôlés par les vétérinaires. Personne ne s'est rendu compte qu'il s'agissait de faux passeports", déclare Pascal Delcourt.

Lors de la perquisition, des fausses fiches médicamenteuses ont également été retrouvées. Une fois encore, l'éleveur d'Ogy nie les faits.

"Ni moi, ni personne s'est rendu compte de ces falsifications. Ces chevaux sont abattus à l'étranger et plus particulièrement en Allemagne. Je les vends vivants à destination d'une usine qui fabrique des aliments pour chien et non pour la consommation humaine. 80 % des équidés vendus à l'Allemagne étaient exclus de la chaîne alimentaire."

Toutefois, lors de l'instruction, Pascal Decourt a reconnu qu'il n'achetait que des chevaux non exclus de la chaîne alimentaire. Interrogé par la juge sur ces faits contradictoires, le prévenu a répondu du tac au tac. "Quand j'achète un lot d'équidés, je suis obligé de tous les prendre même les exclus de la chaîne alimentaire. Par rapport à la totalité de mon activité, cela représente 10 à 20 % des chevaux".

Le jour de la perquisition, certains équidés n'étaient pas identifiés et 134 passeports ont été retrouvés. Parmi ceux-ci, de nombreux équidés avaient disparu de la circulation. "Ces chevaux ont peut-être été vendus et si le particulier n'avait pas payé, je gardais le passeport", précise le prévenu. Toujours lors de cette perquisition, des transpondeurs usagés ont été découverts. "Ces appareils qui servaient à pucer les équidés, appartenaient à l'acheteur allemand. Je ne sais pas pourquoi il les avait ramenés."

Abattage clandestin et maltraitance

Pascal Decourt, est également poursuivi pour avoir clandestinement abattu plus de 100 chevaux. Selon plusieurs témoins, ceux-ci ont été interpellés par la forte odeur de brûlé et le trafic qui se déroulait la nuit au sein de l'exploitation. Sur les lieux, des couteaux et du matériel de boucherie ont été découverts ainsi qu'une tonne de viande dispersée dans des congélateurs. "J'ai personnellement abattu un cheval le jour de la perquisition. La viande était essentiellement destinée à mes huit chiens". Il finira tout de même par avouer qu'il a également abattu un autre cheval pour cause de vieillesse.

Plusieurs médicaments pour animaux et des seringues ont aussi été retrouvés dans le frigo et dans une caravane. Ceux-ci étaient bien entendu détenus illégalement. "J'avais acheté du Trimazin du temps où j'élevais des moutons avec une ordonnance du vétérinaire. Ils étaient d'ailleurs périmés d'au moins cinq ans".

De nombreux animaux dont des oiseaux, des chiens et des équidés ont été retrouvés dans des conditions catastrophiques. Toutefois, Pascal Delcourt a précisé avoir toujours tout fait pour ses animaux. "Je suis contrôlé régulièrement par le bien-être animal. J'ai toujours donné à boire et à manger à mes animaux ainsi que de leur apporter les soins nécessaires".

Cependant, l'inspecteur du bien-être animal a déclaré lors de son audition que le prévenu ne montrait pas toutes ses prairies et évitait certains endroits de son exploitation. En plus des bovins, des équidés et des ovins retrouvés sans eau, sans paillage, et malheureusement malades, des oiseaux excessivement maigres et vivant dans une volière sale et obscure ont été découverts. "Ces oiseaux sont toujours chez moi, dans une volière à l'extérieur. D'ailleurs, elle a été contrôlée il y a peu de temps". Pascal Delcourt nie aussi avoir castré plusieurs animaux de manière artisanale alors que le matériel nécessaire ainsi qu'un animal infecté au niveau des bourses, a été retrouvé lors de la perquisition. "Je n'ai jamais fait de castration artisanale. Cet animal est peut-être arrivé comme cela", ajoute calmement le prévenu.

A l'heure actuelle, le bourreau d'Ogy possède encore quelques chevaux et exerce toujours le métier d'engraisseur. Il effectue aussi des transports vers les abattoirs mais selon ses dires, ces animaux ne rentrent plus chez lui. Pascal Delcourt semble également avoir remplacé les équidés par des lapins. Effectivement, à ce jour, il en possède 350 qui ne sont toujours pas en règle. En plus de cet élevage important, des poules, des chiens, des moutons et quelques cobayes vivent toujours en compagnie du marchand d'Ogy. Il y a deux mois, une nouvelle saisie avait encore eu lieu au sein de sa ferme car les fameux lapins n'avaient pas accès à l'eau.

Le représentant du ministère public n'ayant pas déposé le réquisitoire de confiscation, l’audience sera poursuivie le 8 septembre.