Quelle horrible histoire que celle qui était traitée par le tribunal correctionnel de Tournai ce jeudi matin.

Jacques (prénom d'emprunt), 77 ans, devait en effet se défendre d'une prévention de viol. Un fait qui s'est produit à plusieurs reprises entre le 1er janvier 2005 et le 1er janvier 2009 à l'égard de sa petite-fille...

Si cette dernière a parlé tardivement, c'est parce qu'elle n'en pouvait plus de se taire. Elle voulait également, et surtout, protéger la fille de la compagne de son papa, âgée de 7 ans, à qui il arrivait de se rendre chez le prévenu.

Entendu, l'homme réfutait les faits. Il reconnaissait cependant avoir "juste" commis des attouchements sur le clitoris de sa petite-fille en 2006. Rien de bien interpellant selon lui.

Des propos choquants et interpellants que déplorait également l'avocate de la victime. "C'est d'autant plus interpellant lorsque l'on sait que le prévenu est un ancien directeur d'école, assurait-elle. Il a abusé de ma cliente, sa petite-fille, et avait la même chose avec ses propres filles lorsqu'elles étaient mineures. Pour se défendre, il a expliqué ne pas être un pédophile acharné, pas de cette sorte-là. En même temps, il reconnaît que ce n'est impossible qu'il ait été surpris en train de caresser, sous des couvertures, les fesses de sa petite fille." De nombreuses personnes ont, en outre, confirmé qu'il se montrait très tactile envers la victime.

Cette dernière avait par ailleurs profité de l'audience pour écrire un mot à son grand-père, qu'elle ne considère plus.

"Mérites-tu que je m'adresse à toi ? Pourras-tu entendre mes mots ? Pourras-tu les comprendre ? Après tout le mal que tu m'as causé, je te demande de m'écouter. En-es tu capable ? Je n'en suis pas convaincue... Durant des années, j'ai espéré avoir le courage de t'affronter. Aujourd'hui, je prends la parole non pas pour toi mais pour moi. Je veux me faire porte-parole de toutes tes victimes dont je tairai le nom. Tu le sais, elles sont nombreuses. Aujourd'hui, je ressens le besoin de t'affronter. Je ne suis plus la petite fille que tu as connue et dont tu as abusé. Je ne suis plus ton objet. Avec le temps, les liens de sang se sont effacés. Nous n'avons qu'un point commun, notre nom de famille. Pour toi, je ne ressens ni amour, ni haine. La haine est un sentiment humain et je ne peux en éprouver envers un monstre. Nous, victimes, avons à vivre avec des souvenirs, des flash-back et tant de séquelles alors que toi tu vis sans remords et sans regrets, ce n'est pas juste. Certains attendent un pardon, d'autres une lourde peine. Pour ma part, j'attends de toi que tu reconnaisses tes actes commis alors que je n'étais qu'une petite fille. Longtemps, nous, victimes, avons eu honte. Elle doit désormais changer de camp."

Le procureur du roi, Éric Delhaye, a requis une lourde peine de huit ans d'emprisonnement accompagnée d'une mise à disposition du tribunal de l'application des peines de dix ans.  "C'est un prédateur sexuel. Entre septembre 2005 et février 2007, il a comparu cinq fois pour des faits semblables. Cela ne l'a pas empêché, durant cette période, à continuer sur sa petite-fille ! Il a d'ailleurs expliqué qu'il lui a touché le clitoris car sa femme n'avait pas d'orgasme clitoridien et il voulait savoir ce que cela faisait." 

Le prévenu, qui expliquait ne pas avoir trouvé d'avocat souhaitant défendre des faits indéfendables, assurait accepter la peine. "Je vais avoir 78 ans, j'ai eu le cancer. Vous me donneriez vingt ans de prison, ça serait la même chose. Je demande pardon à ma petite-fille mais elle a dû être pilotée par des personnes malveillantes."

L'homme assurait que cette affaire était montée pour de l'argent. Ce qui a fortement agacé le président Renaud Moulard. "Vous répétez qu'il faudrait être pervers pour agir de la sorte mais reconnaissez que vous lui avez touché le clitoris. Ce n'est pas être pervers cela ?"

Le jugement sera rendu le 26 novembre prochain.