Tournai-Ath-Mouscron Paul-Olivier Delannois, le bourgmestre de Tournai, garde le style qui le caractérise.

Après une législature complète à exercer le rôle de bourgmestre faisant fonction, Rudy Demotte étant empêché, Paul-Olivier Delannois a su convaincre les Tournaisiens de par sa proximité et sa présence sur le terrain. Entretien avec le nouveau bourgmestre de Tournai cinq mois après son sacre.

Le lendemain des élections, vous expliquiez avoir du mal à réaliser. C’est le cas désormais ?

"Je ne suis pas sûr. Je ne suis pas du tout sensible en réalité à tout ce qui est protocole, reconnaissance, etc. Je n’ai jamais couru après cela. Je sais très bien être dans une salle et rester au fond. Arriver en retard, bouger les gens pour être devant, ce n’est pas moi et je ne le ferai pas non plus parce que je pense que ce n’est pas ce qu’on attend de moi. La reconnaissance, c’est le travail et j’adore mon travail."

Ressentez-vous du changement par rapport au poste de faisant fonction que vous occupiez ?

"À titre personnel, non. Cela ne me change pas car je pense que j’ai toujours été quelqu’un de très terre à terre, sans prendre le melon. Je suis excessivement content et fier d’avoir été élu bourgmestre, ça, c’est clair. Il y eu une reconnaissance du travail de terrain. Je ne vais donc pas changer ma ligne de conduite. Je continuerai donc d’avoir cette même préoccupation du citoyen d’être sur le terrain, de répondre à ma façon, c’est-à-dire sans trop de langue de bois. À titre professionnel, je suis par contre clairement beaucoup plus sollicité. Énormément de personnes frappent à ma porte pour me rencontrer, je reçois un nombre de mails impressionnant, que je traite personnellement."

Comme en 2012, vous aviez face à vous le duel Demotte-Marghem. Qu’est-ce qui a cette fois fait la différence ?

"D’abord ma présence sur le terrain, même si j’y suis toujours allé. C’est ma manière de faire de la politique. Je me suis aussi toujours intéressé à ce qui peut apparaître comme peu significatif. Des détails qui sont pourtant très importants aux yeux de la population. Je peux effectivement mettre mon énergie dans des dossiers très importants et d’une visibilité extraordinaire mais je mets toujours la même énergie sur des choses que je constate et que je vois au quotidien en me disant que ça ne va pas. Je pense que c’est ma force."

Votre début de mandature aura été marqué par le dossier du pont des Trous. Vous vous attendiez à autant de remous ?

"Je m’attendais en tout cas à ce que les débats soient relancés puisque je savais que le dossier des abords devait passer devant le conseil communal. À ce niveau, on dit toujours que je dois gérer cette affaire alors que le pont n’appartient pas à la Ville de Tournai mais d’aucuns ont tenté de faire croire que c’était moi qui voulais le faire démolir."

On a vécu un énième rebondissement dans ce dossier avec l’annonce du ministre Di Antonio la semaine dernière.

"Tout ce que je vois c’est qu’on a perdu du temps mais surtout de l’argent avec cette consultation populaire. Je pense d’ailleurs que, dans ce dossier, on ne peut pas dire que j’ai joué à visage découvert. Je suis le seul homme politique qui a fait sa sortie en disant que je ne crois pas aux consultations populaires. Je trouve que c’est dangereux car il y a toujours un risque d’interprétation. J’ai été traité par toute une série de personnes qui me disaient antidémocratique, etc. Moi, je constate une chose, c’est que la consultation a été un échec. Quoi qu’il arrive, je suis beaucoup plus préoccupé par d’autres dossiers comme ceux du logement ou ceux liés à la sécurité."

Justement, le sentiment d’insécurité, il est réel à Tournai ?

"Dire qu’il ne se passe rien à Tournai serait se mettre la tête dans le sac. Bien entendu il y a des faits et bien entendu il faut faire en sorte de les résoudre. Pour moi, le fléau le plus important à Tournai est celui de la drogue. C’est d’autant plus problématique dans notre ville frontalière. C’est pour cela que je souhaite une collaboration autrement plus importante avec la France. J’ai déjà fait des démarches politiques et je continuerai à en faire pour qu’on puisse avancer plus loin."

Un combat qui continue donc. Comme celui contre les marchands de sommeil ?

"Effectivement. Ma réputation de shérif, je l’ai forgée dans ce domaine-là. Que je sois faisant fonction ou bourgmestre, ces personnes savent que je ne rigole pas à ce niveau-là. Ces gens jouent sur la misère humaine et se foutent royalement de la sécurité. Si je peux les empêcher de respirer, je le ferai et je vais continuer. J’en ai d’ailleurs quelques-uns dans le collimateur. La seule chose qu’ils peuvent se dire, c’est que j’étais déjà dur avant, je ne vais pas être plus mou maintenant !"

Partout où il se rend, Paul-Olivier Delannois est toujours accompagné de sa tablette. "Je m’en sers toujours pour prendre un nombre incalculable de photos" , souligne-t-il.

"Dès que je tombe sur quelque chose qui ne va pas, je prends des photos que j’envoie par la suite à mes services. Je fonctionne toujours par mails avec des exemples bien précis, photos à l’appui. Ce sont parfois des bêtises, des petits détails dont on ne se rend plus compte à force de passer à côté. Je le dis encore aux citoyens, faites-le moi savoir quand vous vous rendez compte de quelque chose !"

À ce niveau, et pour tout le reste, Paul-Olivier Delannois ne compte pas changer malgré son élection de bourgmestre !

"Je prends mon pied dans ce que je fais. Je pense qu’on peut être sérieux sans se prendre au sérieux et je promets de continuer de le faire. Je pense donc encore sortir l’une ou l’autre chose dont j’ai le secret prochainement. D’ailleur s, grâce à cette façon d’être, Bellot, Van Rompuy, président de la commission Finance, ou Jambon disaient toujours ‘voilà Tournai’ quand ils me voyaient arriver au fédéral. C’est l’une de mes plus grandes fiertés !"