C’est par un courriel – type que Geoffrey Bernard, le président du Tournai Jazz Festival, a appris mercredi que le Fonds Claire et Michel Lemay - qui soutenait le festival depuis plusieurs années – le lâchait pour cette dixième édition qui se trouve aussi être celle du dixième anniversaire (après l’annulation en 2020).

Une programmation internationale mais aussi régionale

Un anniversaire pour lequel l’ASBL Tournai Jazz Festival a osé voir grand. Nous avons présenté le programme (29 avril-8 mai 2022) dans nos éditions du lundi 22 novembre: une pléiade de grands noms bien sûr (IK Nielsen, Maalouf, Eastwood, Herr, Catherine, La Rocca, Manoukian, Belmondo, Aka Moon, et on en oublie plein…), et aussi deux cents artistes régionaux dont ceux, entre autres, du Vetex et du West, appelés à se produire dans l’un ou l’autre des trois chapiteaux qui seront dressés cette fois sur l’esplanade de l’Europe, et non plus sur la Grand-Place. "On aime la Grand-Place, on aime le centre, mais il fallait être réaliste. Avec une halle-aux-draps en travaux et donc inaccessible, on devait déménager."

La Grand-Place, oui… L’esplanade de l’Europe, non

Or si ce déménagement avait tout pour plaire au bourgmestre Paul-Olivier Delannois qui n’a jamais caché sa préférence pour une installation de chapiteau (x) à proximité de la ville mais pas au centre, il a fâché le Fonds Lemay. "Nous pensons que ce type d’événements renforce l’attractivité du centre. Nous l’avons dit et répété à l’organisateur. Si vous le mettez sur pied de l’autre côté des boulevards, vous ne contribuez pas à la vitalité du centre. Il devait exister des solutions allant de la Grand-Place à la place Paul-Émile Janson. L’organisateur ne les a pas retenues" nous dit un administrateur du Fonds Lemay.

Et d’ajouter néanmoins: "On reviendra (comprenez "on remettra de l’argent") certainement sur ce festival de jazz à l’avenir. D’ailleurs, si on nous avait fait la démonstration que ce n’était pas possible en centre-ville, on aurait pu prendre une décision différente, mais justement, ça ne nous a pas été démontré."

Geoffrey Bernard estime, lui, avoir envisagé toutes les possibilités. "Je reconnais qu’il y en avait une sur la Grand-Place, en louant un chapiteau tout à fait particulier (autoportant et à étage), mais à 65 000€. Ça, je trouvais que c’était verser dans la folie des grandeurs, j’ai écarté l’idée…"

Entre choix difficiles et engagement moral

Personne ne contestera que les administrateurs du Fonds Lemay doivent faire des choix difficiles. Il y a plus de demandes que de possibilités d’offrir, cela se comprend aisément. Jusqu’à présent il semblait acquis que trois événements (le Ramdam, les Inattendues et le Jazz Festival) bénéficiaient d’un soutien sans faille. Ce n’est plus le cas.

"Le Fonds Lemay nous soutenait à hauteur de 20 000€ par an, détaille Geoffrey Bernard. On m’a laissé entendre que pour les 10 ans, ce montant pourrait être doublé. Pour 2021, nous n’avons toutefois bénéficié que de 10 000€ mais il se trouve que l’édition a été light. Je ne croyais donc pas aux 40 000€ pour 2022, mais oui, 20 000€, je les avais intégrés dans le budget prévisionnel."

Un budget cette année de 460 000€, qui devrait être couvert à 50% par la billetterie et les à-côtés (bar e.a.), à 25% par des subventions publiques et à 25% par du mécénat. "Je ne dis pas que le Fonds Lemay fait peser une menace directe sur la pérennité du festival, mais on n’en est pas loin quand même."