Pour le directeur de l’Eurométropole, cela représente une urgence citoyenne et solidaire.

Il y a quelques jours, Loïc Delhuvenne s’était inquiété dans nos colonnes, via une carte blanche, du manque de concertation et de coordination entre les partenaires transfrontaliers dans la gestion de la crise du Covid-19.

Comme tout le monde, le directeur général de l’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai et maître assistant à la HEH Tournai et à l’Université de Lille ne peut aujourd’hui que constater la nette augmentation du nombre de morts.

"L’Italie et l’Espagne ont été les premiers membres durement touchés. Beaucoup de gouvernements les ont observés avant de comprendre la gravité de la crise qui ne connaissait alors plus de frontières. Les observateurs l’ont constaté, l’exécutif européen a pris tardivement le taureau par les cornes dont chacun de nous en espérait une prise en charge plus forte, plus marquée, plus déterminée. L’erreur, me semble-t-il, a été que chaque pays a affronté seul la crise sanitaire, sociale, médicale et économique."

La presse italienne n’a d’ailleurs pas été tendre avec l’exécutif européen ce week-end. "Face à cela, il est plus que temps de prendre conscience de la situation. Si le chemin que nous privilégions est la division, cela nous imposera la gestion de futures catastrophes, et une deuxième vague de l’épidémie que des observateurs présagent. L’Union européenne ne doit pas être timide. Elle doit investir son énergie à ressouder les valeurs européennes et à venir en appui efficace et incontournable pour chaque État qui la compose."

Face à l’épidémie, l’entièreté des États de l’Union européenne est touchée par la crise économique.

"Les entreprises sont contraintes de réduire leurs activités, le chômage économique touche une bonne partie de la population, le spectre de l’augmentation des faillites devient réel. Pas un secteur n’est épargné. Les pays devront se relever, les citoyens devront retrouver l’argent suffisant pour subsister à leurs besoins. Et les regards se tournent logiquement vers l’Europe."

Un Plan Marshall européen ?

Pour Loïc Delhuvenne, l’Europe devra lancer un Plan Marshall européen citoyen et vert. "Un programme de redressement économique et financier, tenant compte des besoins des Européens. Une vision solidaire, sociale et durable. Une vision qui va dans le sens des ambitions écologiques et climatiques présentées en décembre dernier par la Commission européenne, parce qu’il n’est pas question de mettre à mal cet actuel Green Deal."

Pour le DG de l’Eurométrople, les hommes ont besoin d’être protégés, guidés, soutenus, épaulés, entendus, encouragés. "Nous devons tendre vers une société humaine, une société des gens et non pas des élites creusant davantage les inégalités. Nous avons le profond sentiment que nous passons un cap, que nous vivons les prémices d’un nouveau paradigme social. Cette dernière est de toute nature : écologique, environnementale, humaine, collaborative."

Accompagner la mutation qui est en cours sera ainsi vital. "Réussirons-nous le passage de la chenille au papillon ? Quelle sorte de papillon deviendrons-nous ? Un papillon de jour ou de nuit ? Aucune idée ! Mais ne pourrait-on pas devenir la meilleure version de nous-mêmes. Ce que nous n’avons pu être ces dernières années, nous pourrions le devenir pour les prochaines années."

Selon Loïc Delhuvenne, l’Europe peut nous aider à y arriver en concentrant l’agenda politique sur les questions de santé, de mobilité, de respect de l’être, de défense de l’environnement. "C’est oser un Plan Marshall européen conséquent pour aider les pays à redresser la barre et sortir d’une zone de confort financière et idéologique trop entretenue avec force et vigueur par certains."

"Soyons créatifs !"

La vision doit ainsi être portée à long terme "et doit envisager la coopération durable entre les hommes et les femmes de ce monde".

"Apprenons de la crise, osons la regarder, ouvrons le dialogue et une fois pour toutes, supprimons les frontières terrestres et celles que nous nous sommes érigées dans nos têtes. Plus que jamais soyons créatifs ! Les effets du battement d’ailes de ce papillon en devenir doivent participer à la reconquête de sens pour notre société. Collectivement, dirigeants, décideurs, associations, citoyens devons relever le défi qui se pose désormais à nous : quel rapport au collectif entretiendrons-nous prochainement ?", conclut notre interlocuteur. M. Del.