Tournai-Ath-Mouscron

Loïc Delhuvenne, directeur de l’Eurométropole, analyse pour nous les résultats des dernières élections européennes.

Dimanche dernier, les résultats des élections régionales et fédérales ont quelque peu éclipsé le scrutin européen. Ce dernier a pourtant également toute son importance. Décryptage des différents enjeux avec Loïc Delhuvenne, directeur de l’Eurométropole.

En Wallonie picarde, le scrutin européen a été marqué par l’élection de l’Ecolo Saskia Bricmont. 
Une bonne chose pour la région ? 
 “C’est une grande première ! Très clairement, la présence d’une personnalité issue de la Wapi au Parlement européen va nous permettre d’être au plus proche des négociations, des discussions en cours, que ça soit à Bruxelles ou à Strasbourg. Le fait d’avoir un ambassadeur au sein de ces institutions va nous permettre d’avoir une meilleure visibilité par rapport à la multitude d’informations que l’on peut avoir dans ces cénacles.” 

  Quel avantage cette présence peut-elle apporter à l’Eurométropole ?
 
 “Comme députée européenne, Saskia pourra faire remonter les préoccupations des citoyens de Wapi. Un rôle de vigilance, un lobby sain qui permet de porter la parole là où elle doit l’être. Sans tenir des propos sous-localistes, elle pourra montrer les freins que l’on retrouve dans l’Eurométropole et utiliser ses armes pour les lever.” 

  À l’international, on a pu remarquer la victoire de partis europhobes. N’est-ce pas dû au côté parfois trop abstrait de l’Europe ?

 “Oui, très clairement, même si ce n’est pas le seul facteur. Le contexte régional et national en France et en Italie n’est pas qu’un rejet de l’Union européenne, mais aussi de ce qui se passe dans ces pays. En France par exemple, le Rassemblement national a percé via des électeurs opposés à la politique de Macron et qui ne sont pas spécialement contre l’Europe. Maintenant, nous, au sein de l’Eurométropole, nous luttons justement contre ce côté abstrait de l’Europe.” 

 Comment ces partis réussissent-ils à grandir élection après élection ?

 “Principalement grâce à des fake news. Les partis europhobes défendent également des formules extrêmement simplistes comme le fait que l’euro a augmenté le prix du panier de la ménagère. C’est absolument faux. La montée des extrêmes nous pousse à réagir. Il faut regarder les choses en face, les prendre au sérieux sans se mettre de voile devant les yeux. Les anti-Européens seront une centaine sur 751 mais, même réunis, ils ont des positions diamétralement différentes, tant le parti du Brexit de Nigel Farage que le Rassemblement national en France ou encore le Mouvement 5 étoiles en Italie.” 

 L’Europe a été créée au sortir de la guerre pour assurer la paix. La montée des extrêmes n’est-elle pas un paradoxe ?

 “Complètement, et je le pense sérieusement. Il faut être prudent dans le sens où tous les partis extrémistes n’ont pas tous des relents néonazis. La montée de l’extrémisme met à mal les fondements de l’Europe. Des fondements pacifistes et humanistes. L’Europe est née sur les cendres de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale et on a tendance à l’oublier. C’est la nature humaine de se dire que, comme c’est acquis, on oublie. L’Histoire est un éternel recommencement, je ne veux pas que l’on reprenne les vieilles recettes d’il y a 60 ans et qui ont fait des millions de morts. Je suis donc préoccupé par rapport à cela. Au sein de l’Eurométropole, nous faisons rempart contre l’extrémisme.” 

  Maintenant que les députés sont élus, quelle est la suite des événements ?
 
 “Les grandes majorités au sein du Parlement européen vont devoir se composer. Le 2 juillet prochain, il y aura une session inaugurale du nouveau Parlement où les députés sortants vont passer la main aux nouveaux. Il y a ensuite une première possibilité d’élection du président de la Commission européenne à partir de la mi-juillet si les États membres se mettent d’accord. Le vote se fera alors à la majorité absolue pour les 28 pays États membres. À l’automne 2019 suivront alors les auditions pour les commissaires européens.”