Tournai-Ath-Mouscron Dominique Debrauwere est le chef de corps équilibriste de la zone de police du Val de l’Escaut.

Le 1er mars 2017, Dominique Debrauwere débarquait à la tête de la zone de police du Val de l’Escaut. Après un peu plus de deux années en poste, le commissaire divisionnaire a atteint son rythme de croisière pour mener la barre de la zone.

Est-ce qu’il existe une journée type en tant que chef de corps ?

Non. C’est à la fois la richesse de ce métier, et ce qui le rend difficile. On est tributaire des événements, et pas uniquement des événements d’ordre criminel ou public, mais aussi de tout ce qu’il se passe avec les collaborateurs. Que ce soit un problème au sein du personnel ou un gros souci technique dans l’une de nos infrastructures. Une zone de police, c’est une PME.

Et vous, vous avez une vue d’ensemble sur celle-ci ?

Le chef de corps gère absolument tout. Il négocie avec le procureur du roi sur ce qui touche à la politique de gestion criminelle. Une fois par an, il négocie son budget avec les autorités politiques, et ensuite, il doit faire en sorte de gérer l’ensemble des aspects de son usine . Cela va de l’acquisition du papier toilettes aux armes, à l’entretien des infrastructures, à l’engagement du personnel, aux investissements extraordinaires… Absolument tous les domaines de gestion. Ce qui fait que, quand on gère tout, il y a toujours un petit problème qui vient déranger le déroulement de la journée.

Avec quelles conséquences ?

Cela nécessite que l’on se réorganise. On essaie de plus en plus de bien cadrer l’agenda. C’est parfois notre travers parce qu’on a une formation assez cartésienne. Mais de temps à autre, on doit accepter que l’inopiné vienne le bousculer. Le plus difficile, c’est de pouvoir gérer le temps.

Comment a évolué la zone de police du Val de l’Escaut ?

À mon arrivée, j’ai fait une analyse de la situation. J’en ai fait part aux autorités politiques pour décider ensemble de la manière dont on allait envisager l’avenir. J’ai eu un écho positif. On a revu certains modes de gestion. Sur les deux ans, on a également établi des tableaux prospectifs en matière de gestion financière, ce qui a permis d’affiner le budget puisque l’on connaît les charges annuelles qui nous incombent. On sait par exemple qu’en 2027, il va falloir prévoir 20 000 € pour remplacer une partie des serveurs informatiques. Pour ne plus prendre une claque à 90 000 € d’un coup, on sait que l’on va répartir l’investissement sur trois ans.

Cela illustre bien la vision que vous avez sur l’ensemble.

Oui, et ça a construit la relation de confiance avec les bourgmestres. C’est bien de solliciter des moyens, mais il faut leur expliquer pourquoi. Grâce à ces tableaux, on peut présenter comment on fonctionne et spécifier les moyens dont on a besoin.

Comment vivez-vous la fonction plus médiatique de chef de corps ?

Je suis sur Facebook pour consulter la page de la zone, mais je n’interagis jamais. Je dis souvent aux nouveaux policiers que, quand ils rentrent dans ce métier, ils changent de vie. Vous devez être prudents dans votre vie professionnelle, mais aussi dans votre vie privée. Et moi, je suis très prudent, dans ma vie privée. J’ai suivi l’évolution de la société où, dans le temps, on avait peur du policier ou du gendarme. Aujourd’hui, si on peut mettre le policier en porte-à-faux, on le fera.

Et ce n’est pas trop lourd à porter, ce métier ?

Parfois, si. Mais avec l’âge et l’expérience, on parvient à mettre la distance souhaitée. Quand on rentre dans ce métier-là, les gens ne nous voient plus que comme policier. Quelque part, c’est un peu valorisant parce qu’on se dit qu’on est connu et reconnu. Mais à un moment donné, certaines personnes n’ont plus de limite. On est aussi très exposé à la critique, aujourd’hui. Mais les gens n’ont pas toujours conscience du cadre légal qui entoure ce métier. On vit dans un pays démocratique, il y a des règles. Nous, techniciens, nous sommes les garants de ces règles décidées de manière démocratique. Et il n’est pas question d’interpréter ou de faire ce que l’on veut.