«Le basket m'a sauvé de la misère»

Jean-Michel Manderick
«Le basket m'a sauvé de la misère»
©Cardon

Fils de diplomate congolais, il a, à 24 ans, déjà connu l'aisance et la pauvreté

WEVELGEM D'une naissance à New York jusqu'à une carrière professionnelle à Wevelgem, ou de la vie de château qu'il a connue à Bucarest à son appartement privé d'électricité à Liège, la vie d'Emma Mampyua n'a rien de banal. Le personnage, lui aussi, est atypique. Car derrière ses larges épaules et sous le bonnet qu'il porte en ce jour de grisaille, le Congolais n'a rien à voir avec cette catégorie de basketteurs qui roulent des mécaniques ou qui profitent de leur statut pour la ramener. «Alors que j'aurais réellement pu mal tourner!» sourit-il.

Mais cela aurait été trop contradictoire avec l'éducation qu'il a reçue de ses parents, et au milieu d'une famille de dix enfants. Résumer les 24 premières années de la vie de ce fils de diplomate congolais s'avère être un exercice difficile. «Je suis né à New York », lâche l'intéressé, conscient qu'il débute là le récit «d'une longue histoire»...

«Mon père représentait le Zaïre (aujourd'hui république démocratique du Congo) à travers le monde! raconte-t-il. Et il travaillait à New York lorsque je suis venu au monde. J'y suis resté deux ans, et n'en ai gardé aucun souvenir. Même si j'y suis retourné à l'âge de 15 ans. Ma mère voulait, en effet, que je prenne la nationalité américaine mais cela ne s'est pas fait. Ce n'est que par la suite que j'ai commencé à m'intéresser au basket. J'aurais d'ailleurs aimé pouvoir suivre un duel entre les Knicks et les Bulls.»

Et s'il n'a vécu que deux années à Big Apple, c'est que le métier de son père allait emmener toute la petite famille vers la Roumanie - après un bref passage par le Zaïre de l'époque - en 1983. «Mon père était ambassadeur en Roumanie, et nous sommes partis à Bucarest. Du moins ceux qui n'étaient pas déjà aux études ailleurs, comme en Belgique ou au Canada. Ma mère ne travaillait pas, et nous vivions dans une immense maison qui s'apparentait à un château. Nous avions tout ce que nous voulions, et nous suivions les cours à l'école française de Bucarest. Nous aimions nous retrouver dans la capitale roumaine, tous ensemble, pendant les grandes vacances. Mais à force de venir séjourner en Belgique, où deux de nos soeurs étudiaient déjà - à Liège, où mon père a lui aussi fait ses études -, mon frère cadet et moi avons demandé à nos parents de pouvoir quitter la Roumanie pour venir en Belgique, un pays que nous adorions. En 1992, nous avons donc débarqué chez notre soeur, et poursuivi nos études secondaires à Don Bosco. Pour mon frère (plus jeune que moi de 3 ans, et dont je me sens très proche) et moi, c'était une belle occasion de quitter la pression des parents, mais non sans continuer à respecter les conseils de notre mère qui nous appelait souvent. Puis, c'est surtout lorsque notre soeur est partie étudier à Bruxelles que nous nous sommes sentis très seuls et que nous nous sommes rendu compte combien nos parents nous manquaient. Et c'est à cette période que les ennuis ont commencé...» Car si son frère et lui restent dans le droit chemin, c'est financièrement que tout s'est compliqué.

«Le Zaïre a, en effet, commencé à ne plus payer mon père, et ses ambassadeurs d'une manière générale. Tant pour mes parents à Bucarest (d'où ils se firent ensuite éjecter, puisque le gouvernement ne payait plus les loyers) que pour nous ici en Belgique, ce fut alors vraiment la misère. Mon frère et moi ne mangions qu'une fois par jour, nous n'étions pas en mesure de payer la cotisation de notre premier club de basket, ni même les factures d'électricité, dont notre appartement fut privé pendant un moment! Et comme il en allait de même pour mon minerval à l'école, je me suis fait virer de l'établissement. Heureusement que cette époque a coïncidé avec un premier contrat dans le basket. J'ai donc pu commencer à envoyer de l'argent à mes parents. Ce que je fais toujours aujourd'hui. Ils se sont réfugiés en Suisse, et mon père est très malade. J'espère pouvoir aller leur rendre visite bientôt...»

Qui est-il?

Nom: Emmanuel Mampuya.

Né à: New York, le 8/11/1979.

Nationalité: congolaise.

Taille: 1,98m.

Poste: 3 ou 4.

Parcours: P 1: Cointe (97-98); D 2: Sombreffe (98-99), Mariembourg (99-00), Gilly (00-03); D 1: à Wevelgem depuis le début de la saison (contrat d'un an avec option).

Situation: ses parents habitent aujourd'hui à Lausanne, tandis que ses neuf frères et soeurs sont dispersés un peu partout dans le monde (trois sont en Belgique). Projette de s'installer avec sa petite amie, Sandrine, qu'il connaît depuis six ans.

Hobbies: le sport à la TV (amateur de sport en général, il suit particulièrement le Standard et Bruges en football), Playstation...


© Les Sports 2003


«Bozzi est venu me voir»

Après s'être imposé en D2, Wevelgem doit être un bon tremplin en D1

WEVELGEM En quittant Gilly pour tenter sa chance en D 1, Emma Mampuya a dû faire un choix. Parmi plusieurs opportunités. Sans se voir proposer d'offres mirobolantes, il aurait pu se diriger vers Liège (ce qui lui aurait permis d'être plus proche de sa petite amie, Sandrine, qu'il connaît depuis le 27 juin 1997...) ou Anvers, mais il a privilégié son envie de jouer, et s'est dirigé vers Wevelgem. Où il tourne d'ail- leurs à 15,3 points et 6,9 rebonds depuis le début de la saison! Parfois considéré comme un peu petit pour un intérieur, il ne s'en formalise guè- re. «Deux mètres, ce n'est pas si mal pour un 4. Je compense par ma vitesse et mon explosivité. Puis, je peux aussi jouer sur l'aile...»

Naturellement doté d'un physique athlétique («Je ne fais pas de musculation, je n'ai jamais aimé ça!»), Emma Mampuya n'est venu au basket que relativement tard. «J'avais commencé le foot à Tilleur- Liège. J'aime ce sport, que je continue à suivre. À 15 ans, j'ai suivi un ami qui s'inscrivait à Cointe. Où tout a démarré, malgré les difficultés à payer ma cotisation. Dès ma 2 e année, j'ai commencé à bien grandir . Une fois en cadets provinciaux, j'ai joué avec l'équipe première en P 1. Lors de mon premier match, j'ai pris un méchant coup à la poitrine, et je me demandais ce que je faisais là! Ensuite, je me suis habitué à jouer 40 minutes en juniors le matin, puis 40 minutes en seniors le soir, même si à cette époque, je n'avais pas les moyens de manger plus d'une fois par jour... Mais au même moment, l'équipe a commen- cé à me payer. C'est aussi à cette période que Bozzi est venu me voir jouer. Ce jour-là, après un excellent début de match, je me suis blessé au doigt. Ça n'a pas empêché Giovanni de me recontacter et de me proposer d'accompagner les Spirou en stage à Nancy. À 19 ans, accompagner les Stas et autre Desy, c'était incroyable. On m'a alors proposé un contrat de 5 ans avec Charleroi, via lequel je suis allé à Sombreffe, en D 2. Après cette première bonne saison, je suis passé à Mariembourg, puis à Gilly, où j'ai passé les trois dernières années. La saison passée était excellente, avec cette ambiance et ce parcours jusqu'en finale de la Coupe de Belgique... Puis j'ai choisi Wevelgem (où j'ai parfois quelques difficultés avec l'anglais, lorsque tout le monde parle trop vite...), essentiellement pour avoir du temps de jeu, et que cela me serve de vitrine pour la suite de ma carrière. J'ai désormais un appartement à Lauwe, près de Courtrai. Dans le futur, j'ai envie de fonder une famille, et me stabiliser.»

Ce qui est aisément compréhensible après avoir autant voyagé... «Parfois, mon frère Steve me rappelle que si j'avais pris la nationalité américaine, peut-être que j'aurais pu percer aux USA. Surtout que je suis né le même jour que Kobe Bryant» (rires).

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