La chute de dimanche, sur Liège-Bastogne-Liège, a marqué les esprits. Plus en France qu'en Belgique, d'ailleurs, puisque les trois principaux protagonistes de cette chute viennent de l'Hexagone. Il y a d'abord Jérémy Cabot, le premier à être tombé, qui va devoir être opéré de la clavicule et qui est monté au créneau ce lundi pour se défendre d'avoir été imprudent après que son nom ait été cité par Romain Bardet, qui a ensuite assuré ne vouloir accuser personne.



Il y a ensuite Julian Alaphilippe, la principale victime de cette chute. Le champion du monde souffre d'un pneumothorax, d'une fracture de l'omoplate et de deux côtes cassées. Ce bilan médical n'a pas évolué depuis dimanche soir malgré des examens complémentaires passés ce lundi, selon des explications de son cousin et entraîneur Franck Alaphilippe fournies à L'Equipe. "On s'est parlé en visio. Il souffre encore mais il n'était pas abattu. Il a sorti une ou deux bêtises comme à son habitude. D'après ce que j'ai vu en lui parlant, cet épisode va le rendre plus fort, plus déterminé. On ne peut pas encore donner de date de reprise mais je suis optimiste pour la suite."

Enfin, il y a Romain Bardet, le coureur le plus touché... moralement par ce qu'il a vu. Et celui qui a porté secours à Alaphilippe... avant de partager avec les médias tout son désarroi face à la scène à laquelle il a assisté. Ce mardi, il revient dans L'Equipe sur cet épisode qui l'a marqué. Selon lui, certaines règles tacites ont disparu dans le peloton. "Il y a quelques années encore, tu ne venais jamais prendre la place d'un mec quand il était emmené par son équipe. C'était un gentleman agreement. Maintenant, tout le monde se faufile, certains sont prêts à tout pour passer." Autre explication de cette nervosité dans le peloton, selon Bardet: les freins à disque. "Avec eux, tu peux freiner au dernier moment. Sauf que le temps de réaction humain n'a pas suivi l'évolution technologique."


"J'avais l'impression qu'il allait rester là, tout seul, pour toujours"

Le leader de DSM a été tellement choqué par cette chute qu'il explique avoir un trou noir de quelques secondes entre le moment de l'accident et celui où il rejoint Alaphilippe dans le fossé. Au point de ne plus savoir s'il est lui-même tombé. L'état de son compatriote l'a vraiment inquiété: "Je voyais Julian qui était vraiment mal. Il arrivait à peine à respirer, était incapable de parler. Et là, j'ai un flash qui me donne l'impression d'être le seul à le voir, alors que la course continue sans y prêter attention. Les motos et les voitures repartent et moi je suis là, à hurler dans le vide. C'est une immense détresse, j'avais l'impression qu'il allait rester là, tout seul, pour toujours" explique aussi celui qui redoutait qu'Alaphilippe ait "une vertèbre touchée, une paraplégie".

Julian Alaphilippe a pris le temps de contacter Romain Bardet, dans la nuit de dimanche à lundi, lorsqu'il a récupéré son téléphone. Avec, on l'imagine, des remerciements et des émotions à la clé.