Le vainqueur du dernier Tour de France a surgi dans les derniers mètres pour devancer de peu le champion du monde français Julian Alaphilippe. David Gaudu a complété le podium devançant pour sa part le quadruple vainqueur l'Espagnol Alejandro Valverde qui fêtait ses 41 ans ce dimanche. Le Canadien Michael Woods a l'origine de l'attaque décisive à une grosse dizaine de kilomètres de l'arrivée a fini cinquième. La dernière difficulté du jour, la côte de la Roche-aux-Faucons, a isolé en tête cinq candidats à la victoire, Gaudu, Woods, Valverde, Alaphilippe et Pogacar, qui se sont livré leur dernière bataille des Ardennes du jour dans un sprint lancé par Valverde et remporté par Pogacar. Il succède au palmarès à son compatriote Primoz Roglic, s'était imposé le 4 octobre 2020 et qui ne s'est classé que 13e à 9 secondes ce dimanche.

Sept coureurs ont très vite pris l'initiative, dès le 6e kilomètre, de lancer l'échappée du jour. L'avantage de Laurens Huys, Mathijs Paasschens (Bingoal Pauwels), Loïc Vliegen, Lorenzo Rota (Intermarché-Wanty Gobert), Sergei Chernetskii (Gazprom-RusVelo), Tomasz Marczynski (Lotto-Soudal) et Aaron Van Poucke (Sport Vlaanderen-Baloise) est monté jusqu'à 10 minutes et 30 secondes après 50 kilomètres de course.

L'écart a très progressivement fondu au fil des kilomètres pour tomber à moins de 5 minutes après le retour en province de Liège et avant d'attaquer les côtes emblématiques commençant, à 86 kilomètres de l'arrivée, par la « trilogie » composée des côtes de Wanne, de Stockeu et de la Haute Levée, où on a vécu des relances de Philippe Gilbert, vainqueur de l'épreuve en 2011, et de Greg Van Avermaet. La montée du Col du Rosier a provoqué de nouvelles accélérations en tête du peloton, notamment du Français Rémy Rochas, de l'Allemand Simon Gechke (Cofidis) et de Tim Wellens (Lotto-Soudal), ce qui a créé des dégâts en queue d'un peloton de plus en plus étiré.

Aaron Vanhoucke (Lotto-Soudal), Mark Padun (Bahrain Victorious) et Mark Donovan (DSM) se sont intercalés entre les hommes de tête et le peloton à l'approche de côte de Desnié, à 50 kilomètres de Liège, nouvelle venue dans le parcours de la Doyenne. A l'avant, Loïc Vliegen relançait l'allure du groupe de tête dont l'avantage était encore de 2:40 à 43 kilomètres du but. Le groupe de tête explosait dans la côte de La Redoute sous l'impulsion de Huys et de Rota, premiers au sommet de la difficulté. Un groupe de 13 hommes dont Valverde, Roglic et Pogacar, se dégageait du peloton sur une accélération de la formation Ineos. Alaphilippe rentrait dans un 2e temps.

Au pied de la Côte des Forges, avant-dernière difficulté du jour, quatre hommes, Huys, Vliegen, Marczynski et Rota, possédaient 40 secondes d'avance sur le peloton reformé des favoris. Vliegen tentait une nouvelle sortie avant d'être victime de crampes. L'équipe Ineos, avec Goeghegan Hart et Yates, reprenait alors la direction des opérations pour avaler les deux derniers rescapés de la longue échappée de 230 kilomètres au sommet des Forges, à 23 km de Liège.

Richard Carapaz (Ineos), en découverte de la Doyenne, a alors joué son va-tout à 21 kilomètres de l'arrivée. Il a rapidement pris 20 secondes sur le groupe des favoris. Le leader équatorien, qui allait finalement être déclassé pour avoir adopté une position interdite sur son cadre en descente) se lançait dans la côte de La Roche-aux-Faucons avec 18 secondes d'avance sur ses poursuivants qui allaient le reprendre avant le sommet.

Woods alors plaçait une solide attaque. Quatre coureurs parvenaient à l'accompagner Gaudu, Valverde, Alaphilippe et Pogacar dans la 2e phase de La Roche-aux-Faucons, à 12 kilomètres de l'arrivée. L'entente dans le quintette de tête dans la plongée vers l'arrivée sur les bords de l'Ourthe allait mettre hors-jeu le groupe des poursuivants vainement motivés par les battus du jour, Ineos et Astana.

Le sprint, lancé par Aljandro Valverde, allait tourner à l'avantage du Slovène Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) qui avait choisi la roue d'Alaphilippe pour le déborder de justesse. Il avait été privé de la Flèche wallonne mercredi après des tests Covid positifs au sein de sa formation.

Pogacar : "Je savais qu'Alaphilippe allait faire un sprint long"

"Je savais qu'Alaphilippe allait faire un sprint long" a confié le jeune Slovène de 22 ans à peine. "Je me suis mis derrière lui. C'était la bonne roue car on venait de loin et lancé. Je ne sais pas combien de vainqueurs du Tour de France ont gagné à Liège mais je peux vous avouer que je vis un véritable rêve", a expliqué Tadej Pogacar. "De plus, cette victoire est une revanche après avoir été empêchés de prendre le départ de la Flèche wallonne, deux membres de l'équipe ayant subi des tests covid-19 positifs." Ils concernaient le coureur Diego Ulissi et d'un membre du staff. Les tests pratiqués vendredi se sont avérés négatifs et ont rouvert les portes du peloton à la formation des Emirats.

"Ce fut très frustrant et décevant car nous étions bien préparés, nous avions de bons coureurs pour cette course, dont Marc Hirschi, qui était le vainqueur sortant. C'était une belle opportunité pour lui et pour tous les équipiers qui étaient très motivés. Ma victoire à Liège me remplit donc de bonheur. Nous étaions particulièrement motivés aujourd'hui. J'adore cette course et je salue le super travail effectué par mon équipe, je suis fier d'avoir pu disputer cette finale avec beaucoup d'équipiers à mes côtés. Je sens que nous devenons une des meilleures équipes et je suis très fier d'en faire partie."

Alaphilippe : "Je ne peux pas parler de déception"

Le champion du monde français Julian Alaphilippe a échoué de peu dans le sprint final de Liège-Bastogne-Liège dilanche. Il a été devancé par le seul Slovène Tadej Pogacar. "Je ne peux pas parler de déception", a indiqué Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) au micro des organisateurs juste après l'arrivée. "J'étais venu avec l'ambition de faire le meilleur résultat possible. Je termine 2e de la Doyenne. L'équipe a fait un très gros travail pendant toute la journée, une fois de plus. J'ai personnellement essayé de gérer la finale au mieux. Ce fut vraiment difficile de tenir à l'avant quand la sélection s'est opérée dans la Roche-aux-Faucons. Les cinq hommes de tête, dont je faisais partie, ont bien collaboré jusqu'aux deux derniers kilomètres. Je pense que Tadej Pogacar a été malin: il a bien lancé son sprint de l'arrière pour venir me coiffer. Je n'ai pas de regret à avoir. J'étais plus focalisé sur le fait d'arriver au sprint. Je n'avais pas spécialement envie de partir seul, de faire un coup de bluff en laissant partir quelqu'un. L'important était d'arriver groupés. Valverde a lancé la manoeuvre, je pense avoir bien lancé la mienne, j'étais en bonne position, mais Pogacar a pris un peu d'élan en venant de l'arrière du groupe et il a réussi. Magnifique victoire."

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