L'Espagnol était attendu de tous après sa victoire à la Flèche. Il a répondu présent.

Alors que les Flandriennes avaient laissé place à une nouvelle génération incarnée par les Alexander Kristoff et John Degenkolb, les Ardennaises ont fait la part belle à un vieux roublard.

Du haut de ses 35 bougies soufflées hier, Alejandro Valverde a démontré que le nombre des années n'avaient aucun impact sur lui et que son surnom d 'El Imbatido  (l'invincible) n'était pas usurpé. Attendu au tournant après son succès sur les pentes du Mur de Huy (et sa deuxième place à l'Amstel), le Murcien a su gérer une Doyenne que les Astana de Vincenzo Nibali avaient décidé de dynamiter dès l'enchainement Wanne - Stockeu - Haute Levée et que les Katusha de Moreno et Rodriguez ont tenté de lui subtiliser juste avant la ligne d'arrivée. Mais il en fallait plus pour détrôner un Valverde qui a géré son sprint avec une impressionnante maîtrise malgré la présence d'une dizaine de coureurs pour lui contester la victoire.

Liège aurait d'ailleurs pu chanter Alaphilippe plutôt qu'"Allez Philippe", si le Français n'avait pas été un peu enfermé au début de son effort, devant se contenter comme à Huy d'une belle deuxième place. Mais le natif de Saint-Amand-Montrond qui pensait se contenter d'un statut de lieutenant de Michal Kwiatkowski devra encore attendre douze mois avant de peut-être démontrer que la nouvelle génération qu'il incarne du haut de ses 22 ans est aussi capable de prendre le dessus sur celle des papys flingueurs espagnols incarnée par Valverde et Rodriguez (tous les deux 35 ans) sur les routes des Ardennes. 


Astana dynamite la course, les récents vainqueurs au tapis

Huit hommes avaient joué les filles de l'air dans la première partie de la course, mais n'ont jamais eu de réelles libertés de la part d'un peloton emmené par l'équipe Europcar de Voeckler et Rolland qui n'étaient a priori pas cités parmi les favoris.

L'enchainement Wanne-Stcokeu-Haute Levée, réveillait les velléités offensives d'une équipe Astana, désormais assurée de sa licence UCI, bien décidée à offrir la Doyenne à son leader Vincenzo Nibali. Grivko plantait la première banderille dans Stockeu avant que Kangert et Scarponi ne prennent le relais dans une Haute Levée déjà fatale à Tim Wellens contraint à une grosse course-poursuite après un ennui mécanique au pied de la difficulté. 

Accompagné de Chaves, le duo Astana éjectait dès le pied de la côte du Rosier Boaro et Arredondo qui avaient su se glisser dans le bon groupe. Le rythme effréné amincissait le peloton qui perdait encore une dizaine d'unités à l'approche de la côte de la Redoute suite à une chute collective. Rolland, Schleck, Roche mais surtout Daniel Martin et Simon Gerrans, les deux derniers vainqueurs de l'épreuve se retrouvaient au tapis. L'Australien, qui n'en était qu'à son dixième jour de course cette année, faisait une seconde fois connaissance avec le bitume un peu plus loin, enterrant ainsi ses derniers espoirs de renouveler son titre.

Parmi les victimes, on dénombrait aussi un certain Julian Alaphilippe qui parvenait cependant à réintégrer le peloton principal juste avant la Redoute. La côte de Remouchamps, dont le macadam était noyé sous les inscriptions à la gloire de Philippe Gilbert, n'était pas le théâtre de nouvelles escarmouches entre les favoris. Elle provoquait juste la perte de Kangert qui laissait Scarponi, seul en compagnie de Chaves en tête de la course.

Le vainqueur du Giro 2011, suite au déclassement d'Alberto Contador, avait pour mission de servir de rampe de lancement à Vincenzo Nibali dans la côte de la Roche-aux-Faucons. Mais les Katusha et Movistar ne l'entendaient pas de cette oreille, revenant sur les deux fuyards avant le pied. La difficulté tant attendue laissait les favoris s'observer à l'exception de Roman Kreuziger qui partait à l'offensive, suivi de Giampaolo Caruso (4e l'an dernier) avant d'être rejoint un peu plus tard par Jakob Fuglsang, un autre lieutenant du Requin de Messine .

Le trio descendait à toute allure et sous la pluie vers Saint-Nicolas avec une quinzaine de secondes d'avance sur le peloton. La dernière bosse répertoriée du jour avait raison du courage de Philippe Gilbert qui ne pouvait espérer rivaliser avec les meilleurs en raison des stigmates laissés par sa chute à la Flèche Wallonne. Une dizaine de coureurs se présentait au pied de Ans pour se disputer la victoire.


La tactique foireuse des Katusha

En surnombre, Katusha jouait alors la carte de Daniel Moreno. Celui-ci prenait quelques mètres et obligeait Valverde à réagir. Suivi comme son ombre par Rodriguez, l'Espagnol ne se faisait pas surprendre par le retour du reste de la meute et réglait ses adversaires au sprint avec autorité pour s'adjuger son troisième Liège-Bastogne-Liège, quatre jours après avoir réussi le même exploit sur la Flèche Wallonne.

Il rejoint au palmarès de l'épreuve Léon Houa, Alfred De Bruyne et Alfons Scheepers, tous vainqueurs à autant de reprises de la plus belles des Ardennaises. Le recordman restant évidemment Eddy Merckx (5 succès). Alejandro Valverde dont le chiffre trois collait à la peau ce dimanche monte aussi sur le podium des vainqueurs les plus âgés.