Premier double vainqueur de Paris-Roubaix espoirs, Taylor Phinney était arrivé avec une grosse étiquette dans le monde professionnel en 2011. Un an plus tard, il remportait le prologue du Tour d'Italie et portait pendant plusieurs jours le maillot rose. Mais l'Américain, à l'exception de plusieurs places d'honneurs à Milan-Sanremo et sur l'Enfer du Nord, ainsi qu'aux Mondiaux de contre-la-montre, n'a jamais véritablement confirmé les espoirs placés en lui, notamment en raison de nombreuses chutes. En 2019, il décidé finalement de ranger définitivement son vélo à 29 ans à peine.

Dans le podcast Thereabouts, Phinney est revenu sur sa carrière, dénonçant également l'abus d'opiacés dans le peloton, les injections de cortisone, la façade des accords de sponsoring et le contrôle exercé sur les coureurs par les directions d'équipe.

"Quand j'ai commencé à courir, l'EPO et l'ère du dopage sanguin étaient apparemment révolues, mais il y avait encore beaucoup d'abus d'opiacés dans le sport", a expliqué Phinney, "Je ne sais pas si cela a complètement disparu, mais c'était assez répandu au cours de mes deux premières années que vous ingériez quelques cachets de Tramadol après une course. Cela revient simplement à prendre un Vicodin ou deux avec un tas de caféine. C'est vraiment de la bombe. Si j'en prenais un maintenant, cela m'enverrait sur la lune. Je n'ai jamais apprécié cela, on m'en a proposé mais je ne pensais pas avoir besoin d'un antidouleur pour terminer une course."

Mais cela ne se limitait pas à l'abus de prise d'antidouleur. Obligé de se faire injecté de la cortisone après s'être cassé la jambe, l'Américain a compris ce qui poussait des coureurs "sains" à en prendre en amont des compétitions : "L'abus d'antidouleurs, particulièrement dans les classiques, tellement de gars le faisaient. Je trouvais cela ridicule donc j'en ai un peu parlé dans des interviews, comme j'ai parlé du fait qu'il y avait une bonne quantité d'injections de cortisone prévues pour certains coureurs qui participaient à certaines courses. Normalement, vous ne devez pas en avoir besoin. Si c'est le cas, vous devriez être absent pendant un certain temps. Et ne pas faire genre 'je viens de recevoir une injection de cortisone et dire maintenant, je suis prêt à gagner le Tour des Flandres'. J'ai reçu une injection de cortisone une fois quand j'ai eu la jambe cassée. je volais littéralement alors que la moitié de ma jambe ne fonctionnait pas... C'est à ce moment que j'ai compris l'intérêt des coureurs d'utiliser ces produits. J'en ai parlé et j'ai reçu pas mal de réactions négatives de la part de ma direction."

L'Omerta toujours présente

Outre la surmédication, c'est aussi le silence du peloton vis-à-vis du monde extérieur qui a perturbé Phinney dans sa carrière, la fameuse Omerta : "Clairement, en tant que jeune américain, en jeune homme confiant que j'étais, je pensais pouvoir dire ce que je voulais à ce sujet parce qu'à mes yeux, c'est mal. Mais une fois que vous êtes à l'intérieur de la machine et que vous commencez à parler de choses qui ne vont pas, et que ces choses sont liées à votre salaire... Vous vous trouvez dans une position où les gens peuvent vous faire dire n'importe quoi et vous punir pour ne pas avoir obéi aux règles. Tu réalises alors que tu n'es pas le héros de cette histoire", a poursuivi Phinney.

"J'ai vraiment eu du mal au cours de mes deux premières années. Juste avec le sentiment que je ne pouvais pas m'exprimer. Ou que je n'ai pas été félicité comme je pensais devoir l'être pour avoir parlé honnêtement de choses que je pensais être mauvaises au sein du groupe réel du peloton ou de la direction elle-même. En dehors de cyclisme, les gens disaient 'oui il parle' contre ceci ou cela. Mais au sein de la planète cyclisme, il y a beaucoup ce "c'est notre secret, notre monde", regrette-t-il.