Qui peut croire que les aveux d’Armstrong sont sincères et non motivés par son désir de rebondir ?

BRUXELLES Et maintenant, quelles vont être les suites des aveux de dopage que Lance Armstrong a fait, durant le très long entretien accordé à la célèbre animatrice Oprah Winfrey et dont la seconde partie, diffusée en différé durant la nuit de vendredi à samedi, n’a, comme on s’y attendait après les fuites qui l’avait précédée, apporté aucune nouvelle révélation ?

Tout au plus, durant cette grosse heure de confession à la diva noire de la télévision américaine, le Texan a-t-il fait montre d’un peu plus d’émotion, mais aussi d’égoïsme, puisque si larmes, réelles ou virtuelles, il y eut, elles furent versées sur son sort et sur celui des siens.

Même s’il a consenti la semaine passée des aveux a minima, avouant toutefois l’essentiel, à savoir sa tricherie et ce terrible mensonge vieux de quatorze ans, Lance Armstrong doit s’attendre à de nombreuses suites, financières et judiciaires.

Il s’est aussi défendu d’avoir voulu corrompre l’Agence américaine antidopage en 2004 en cherchant à lui verser 250.000 dollars, comme l’a affirmé récemment le patron de l’Usada, Travis Tygart.

Les accusations de ce dernier ont trouvé le soutien de Terry Madden, le prédécesseur de Tygart à la tête de l’Usada.

“Le bureau de Travis (Tygart) était à cinq secondes à pied du mien. Il m’a informé et nous avons immédiatement rejeté cette idée”, a dit cet avocat de formation qui a reconnu qu’il ne savait pas si Armstrong était à l’époque au courant de l’initiative de ses agents. “Je lui ai dit d’appeler l’agent (d’Armstrong) et de lui faire savoir que, en vertu de notre éthique, nous ne pouvions accepter un don venant de quiconque est soumis à nos tests ou pourrait l’être à l’avenir.”

S’il avait fait ses aveux de dopage froidement jeudi, sans entrer dans les détails, ni expliquer son système, le lendemain, ce n’est que lorsqu’il a abordé le thème de sa famille et les révélations qu’il avait dû lui faire que le Texan est apparu humain et fragile. Sa voix s’est nouée, ses yeux se sont embués, en parlant de sa mère (qui l’a élevé seule) “brisée, en ruines” par ses mensonges ou de l’aîné de ses cinq enfants, son fils Luke, 13 ans.

“Il m’a toujours défendu à l’école, contre les moqueries et accusations de ses camarades, je lui ai dit de ne plus le faire, de leur dire que je regrettais”, a-t-il expliqué. “Il m’a dit “ok”, sans plus.”

Armstrong a aussi fait part de sa douleur d’avoir dû quitter sa fondation Livestrong, qu’il a qualifiée de “son sixième enfant”. “J’ai touché le fond quand ils m’ont appelé pour que je me retire” , a dit le Texan que tous ses sponsors ont également lâché à la suite de la publication du rapport de l’Usada.

“Ce fut un jour à 75 millions de dollars”, a-t-il regretté. “Tous ces futurs revenus sont partis en fumée et ils ne reviendront probablement jamais.”

Il a aussi évoqué son amour du sport et sa difficulté à ne plus pouvoir en faire.

“J’ai reçu la peine de mort”, s’est-il défendu à propos de sa suspension. “Je méritais d’être puni, mais je ne suis pas sûr que je méritais ça. Le sport, c’est ce que j’ai fait toute ma vie. J’adore m’entraîner, courir, être sur une ligne de départ. Il y a plein d’autres choses que le Tour de France. J’adorerais faire le marathon de Chicago à 50 ans par exemple.”

Pour ce faire, il devra bénéficier d’une réduction de sa suspension à vie, avec un plancher de huit ans, toutefois. Il faudra pour cela qu’il collabore avec les autorités antidopage et en dise un peu plus que ce qu’il a consenti à lâcher à la célèbre Oprah en un peu plus de deux heures et demie.

“Je ne crois pas que ça se passera comme ça”, a-t-il cependant lâché, signifiant sans doute qu’il ne voulait pas en dire plus.

De par le monde, la plupart des observateurs ont stigmatisé le côté froid et calculateur des aveux de l’Américain.

Ainsi, le président de la fédération australienne de cyclisme s’est montré sévère : “C’était à demi-cuit et pathétique. Il frise le délire”, a affirmé M. Mueller. “C’était la plus fausse, tiède, choquante, confession d’un mec qui a été si répréhensible dans son comportement. Le plus décevant de tout, le manque de reconnaissance du dégât qu’il a fait dans le sport.”

Pour l’ancienne directrice antidopage de l’UCI, désormais présidente de la fédération australienne de triathlon, Armstrong n’est “pas seulement un tricheur, c’est un manipulateur, un menteur pathologique. Je ne veux pas de ce genre de personnes dans le sport”, a dit Anne Gripper.



© La Dernière Heure 2013