La ville d'accueil du Mondial veut laver plus blanc... que blanc


STUTTGART C'est une sorte de vent de folie qui souffle actuellement sur Stuttgart, ville d'accueil des championnats du monde de cyclisme. On savait depuis longtemps que les Allemands avaient décidé d'adresser des signes forts au monde de la Petite Reine à l'occasion de ce Mondial; ils avaient ainsi mis la pression sur certains coureurs, soupçonnés d'être impliqués dans l'une ou l'autre affaire de dopage, afin qu'ils ne s'alignent pas dans les différentes courses au maillot arc-en-ciel.

Toutefois, les co-organisateurs (avec l'UCI) de ces épreuves ont immanquablement jeté un pavé dans la mare en décidant de déclarer persona non grata toute une série de champions qui ont marqué l'histoire du cyclisme. "Tous ces gens, que nous avons décidé de ne pas inviter, font partie d'une époque où la tolérance par rapport au dopage était grande" , disait ainsi, dès mardi, Jorg Klopfer, porte-parole de l'organisation allemande. "Nous voulons que ce Mondial serve d'exemple. Nous tenons à promouvoir ici l'image d'un cyclisme propre. Que ceux qui n'ont pas été conviés ne le prennent toutefois pas trop à coeur; cette démarche ne se veut absolument pas personnelle."

Certes, mais, en agissant de la sorte, c'est aux fondements même du cyclisme que l'on s'attaque. Ici, à Stuttgart, on a ainsi appris que notre compatriote Eddy Merckx (déclaré positif à trois reprises dans sa carrière) n'était pas le bienvenu, pas plus que Rudi Altig, Gianni Bugno ou Dietrich Thurau.

Contacté hier par nos soins, Jörg Klopfer a répété ces propos sans autrement les préciser. Et lorsque nous lui avons posé la question de savoir si Lance Armstrong, septuple vainqueur du Tour de France et champion du monde à Oslo en 1993, avait été invité, sa réponse fut claire... et pourtant pleine d'ambiguïté pour qui sait comment fonctionne le cyclisme : "Non, Armstrong n'a pas été invité, il n'est pas le bienvenu ici , martelait Klopfer. Mais, vous savez, il n'est pas visé en particulier; la ville a tout simplement décidé de ne pas convier tous ceux dont le passé est entaché par des affaires de dopage."

Ce à quoi le Texan s'empressera sans doute de rappeler qu'il n'a jamais été contrôlé positif durant sa carrière (mais bien ensuite, après des tests effectués, plus tard, sur d'anciens échantillons que possédait le laboratoire de Châtenay-Malabry.) Gageons qu'Armstrong n'en fera pas un fromage, lui qui refusait aussi de commenter le cas Landis.

"Je ne suis plus la course d'assez près pour faire un commentaire sur cette affaire , dit Armstrong. J'adore toujours le vélo et j'en fais encore beaucoup, mais il n'est plus question de compétition. La bicyclette, c'est devenu juste une distraction pour moi."

Et les remous de Stuttgart sont sans doute bien loin de ses préoccupations quotidiennes ! Eddy Merckx préférait pour sa part n'accorder qu'une importance toute relative à cette situation. "Ils doivent avoir perdu la tête du côté de Stuttgart , dit-il. Rien de grave, des gens stupides, il y en a partout ! Là je pars en Egypte (où l'a invité son pote Jacky Ickx pour le Rallye des Pharaons), avec mon épouse, loin de toutes ces préoccupations futiles. Je n'ai plus pris de vacances depuis longtemps et j'entends bien en profiter."

En attendant, la fédération belge, par son directeur Tom Van Damme, a demandé à l'UCI de clarifier sa position à ce sujet. "On parle quand même du meilleur coureur de tous les temps" , a précisé Van Damme.



© La Dernière Heure 2007