À l’ombre des platanes qui bordent l’avenue de Grammont, Marc Madiot a livré son propre sprint pour tomber dans les bras d’Arnaud Démare. L’intensité de l’accolade et de la poignée de mains qui accompagnaient le "Tu l’as eue Nono !" glissé par le manager mayennais à son coureur, en disaient long sur la charge émotionnelle de ce succès.

"Je compte plus de 80 victoires chez les pros, mais celle-ci revêt quelque chose de très particulier, soufflait le triple champion de France. Le grand public ne l’a peut-être pas perçu mais j’ai vécu des moments très difficiles, emplis de doutes, ces derniers mois avec mon abandon sur le Tour de France puis une Vuelta sur laquelle je n’ai pas eu le bonheur de lever les bras. J’ai pas mal gambergé mais mon entourage m’a poussé à continuer à faire les choses bien à l’entraînement et en course et ce succès tombe comme une délivrance."

Sorti avec Jasper Stuyven en chasse du duo Bonnamour-Dewulf à une dizaine de kilomètres de l’arrivée, le Picard pensa un instant qu’il ne lui serait pas possible de jouer la victoire.

"On a vite réduit l’écart à une dizaine de secondes mais celui-ci a ensuite longtemps plafonné. J’ai franchement cru un moment qu’on ne reviendrait pas sur la tête de course mais ils se sont heureusement un peu regardés. Un très bref temps mort m’a permis de reprendre un instant mon souffle avant de livrer un sprint dans lequel j’avais peur de me louper. Ma confiance en moi n’était pas au zénith mais cette victoire change la donne et va me permettre de négocier la trêve hivernale avec un gros moral. J’ai toujours aimé cette course, mais je ne pensais pas que ce nouveau parcours me sourirait un jour. Comme quoi, il faut toujours croire en sa chance…"