Cyclisme

Le plus grand champion de l’histoire nous a reçus chez lui pour préfacer Paris-Roubaix et rendre hommage à Tom Boonen. Une interview exclusive.

Est-ce que, quand on l’a gagné trois fois (1968, 1970 et 1973) comme vous, Paris-Roubaix reste tout de même un Enfer ?

"Oui, je peux vous assurer que le palmarès n’atténue pas la souffrance et que celle-ci reste toujours présente (rires) . À mon époque, il y avait peut-être plus de kilomètres de pavés à avaler, mais les tronçons actuels me semblent en plus mauvais état. Le matériel a toutefois changé, les coureurs sont aujourd’hui équipés de pneus plus larges qui absorbent mieux les chocs. Tout évolue. Le lendemain de Paris-Roubaix, j’étais toujours fortement courbaturé et mes articulations grinçaient quelque peu, mais je prenais tout de même le chemin de l’entraînement car les échéances s’enchaînaient avec la Flèche wallonne, trois jours plus tard. Mon record de l’heure à Mexico m’a toutefois fait souffrir davantage que les pavés de la Reine des Classiques. Pendant une semaine, il m’a été impossible de m’asseoir ! J’en ai presque mal rien qu’à y resonger (rires) …"

Il semble aujourd’hui totalement inconcevable d’imaginer un candidat à la victoire du Tour de France se présenter au départ de Paris-Roubaix. Comment expliquez-vous ce constat ? Cette course effraie-t-elle ?

"Oui, sans doute d’une certaine manière. Des coureurs comme Froome, par exemple, ne souhaitent pas prendre le moindre risque dans la perspective de juillet. La portée médiatique du Tour est devenue telle qu’elle éclipse le reste du calendrier pour certains champions. On ne peut pas véritablement leur en vouloir. Paris-Roubaix constitue toutefois une course tellement spéciale qu’il faut s’y frotter un jour et tenter le coup."

Cela vous fait bondir lorsqu’on présente Milan-Sanremo comme une loterie puisque cela signifierait que vous avez gagné sept fois au tirage. Le facteur chance n’est-il pas davantage déterminant à Roubaix ?

"Plus que d’avoir de la chance, il est plutôt important d’éviter la guigne. Cela ne signifie pas tout à fait la même chose. L’ Enfer du Nord est un terrain truffé de pièges, mais la poisse peut parfois surgir d’autres éléments. Regardez ce qui est arrivé à Boonen sur le Tour des Flandres au pied du Taaienberg… Son problème mécanique l’a privé d’un possible podium. Pour un sportif, le sentiment de ne pas avoir pu équitablement défendre sa chance est toujours extrêmement frustrant. Dimanche dernier, j’en avais mal au cœur pour l’Anversois car il était dans une très bonne journée."

Retrouvez toute l'interview d'Eddy Merckx, longue de trois pages, sur notre site dans l'article "Je rêve vraiment que Tom gagne dimanche" dans la DH de ce samedi.