Tom Boonen a réalisé la course parfaite… à 50 mètres près

Il était déçu, certes, mais à peine l’arrivée franchie, il était le premier à féliciter son jeune vainqueur : “Pour toi, tout commence maintenant” , glissera-t-il à Vanmarcke. Il est comme ça, Tom Boonen, il joue, il perd, mais la vie continue.

“J’aurais dû gagner à tous les coups , confiait-il un peu plus tard, mais quand j’y réfléchis, je n’ai pas vraiment le droit d’être déçu. Toute la pression était sur mes épaules, j’ai pris mes responsabilités et fait la course en tête, bien aidé par une équipe parfaitement soudée autour de moi. Tout a été parfait… jusqu’à 50 mètres de la ligne. Je reconnais honnêtement que j’ai péché par manque d’expérience de la dernière ligne droite. Avec le vent de face, j’avais un adversaire de plus. Je suis parti de loin, ne me demandez pas si c’est à 250 ou à 300 mètres, je ne pourrais pas le dire. Vanmarcke a bien joué le coup, sortant dans mon dos au bon moment, bravo à lui !”

Un peu avant, nous avions rencontré Tom Steels, spécialiste du sprint par excellence; en substance, il nous avait dit ceci : “J’ai calculé la longueur du sprint de Tom et il a duré exactement 17 secondes, c’est bien trop long pour pouvoir résister à un adversaire lui aussi en forme, surtout en tenant compte du vent contraire.”

Boonen réagira ensuite très honnêtement. “Je ne savais pas trop où était la ligne, je ne voyais pas les panneaux, je suis parti à l’instinct, surtout parce que j’avais peur que Sepp (Vanmarcke) embraie le premier. Ensuite, j’ai vite senti que je n’irais pas au bout, je me suis raidi et, à partir de là, c’est très simple, c’était fini. C’est bête, j’avais tellement entendu parler de cette arrivée assortie d’une chicane, avec des gars qui font des choses ridicules et j’ai moi aussi plongé tête baissée dans le piège. Mais je savais que Sepp pouvait être très explosif dans ses démarrages quand il est dans un bon jour. Or, il était dans un bon jour, ça m’a rendu un peu nerveux. Quand j’ai lancé mon sprint, je me suis tout de suite dit : ‘Zut, je pars beaucoup trop tôt.’ En plus, l’arrivée était en faux-plat montant, il y avait ce vent contraire, c’était une faute grossière de ma part. Mes nerfs m’ont joué un sale tour.”

Comme quoi, on peut avoir l’expérience d’un Tom Boonen et ne pas être à l’abri d’une erreur de jugement.



© La Dernière Heure 2012