Depuis l’éclatement retentissant de l’affaire Armstrong, l’homme s’était retranché dans un mutisme duquel il n’était sorti qu’à une seule occasion, à la mi-avril sur son blog, pour clamer “son amour intact pour le cyclisme” et sa conviction que le “cyclisme était entré dans une nouvelle ère” .

Dans une interview accordée au magazine flamand Humo , Johan Bruyneel a accepté d’évoquer pour la première fois les accusations dont il fait l’objet. “Après un aussi long silence, j’aimerais livrer mes pensées, mais mes avocats m’ont demandé de me taire.” C’est donc avec une extrême prudence et tout en retenue que l’ancien manager s’est livré.

Souvent dépeint comme un être distant, le Belge est présenté par un ami comme “une âme sensible” . “Je sais que je peux apparaître comme un poisson à sang froid” , confesse Bruyneel. “Mais quand il s’agit de prendre des décisions professionnelles, je pense que cela est plutôt une bonne chose. J’ai toujours cherché à dissocier le privé du professionnel.”

Accusé par le rapport de l’Usada d’avoir “forcé certains jeunes coureurs à se doper” , Johan Bruyneel réfute avec force cet élément du dossier. “Ces accusations sont très lourdes. Si ma mère m’appelle en pleurs parce qu’elle a lu quelque chose de mal sur moi, cela me brise le cœur. D’autant plus quand ce sont des mensonges. Je peux regarder tout le monde dans les yeux. Je n’ai jamais mis la santé de qui que ce soit en danger.”

Des allégations que celui qui vit toujours à Londres aimerait pouvoir réfuter à force d’arguments. “Les procédures actuelles rendent cela impossible. Selon le rapport de l’Usada, j’étais le cerveau du système de dopage le plus sophistiqué de l’histoire. Je ne peux entrer dans les détails, mais ce n’était pas le cas. J’en suis convaincu. […] Je peux dire une chose : je ne suis pas le diable. Le public le pense peut-être mais, au final, tout le monde aura une meilleure compréhension de la situation et cela modifiera l’image que l’on s’est fait de moi.”

La confession la plus marquante est sans conteste le regard que jette Bruyneel sur l’éclatement de l’affaire Armstrong. “Si Lance n’avait pas fait son come-back et si j’avais repris Landis dans l’équipe (NdlR : celui-ci avait sollicité Bruyneel au moment de retour de l’Américain dans le peloton), tout cela ne serait jamais arrivé. J’en suis convaincu à 200 %. Sans ces deux faits, nous parlerions d’autre chose...”



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