Un lien particulier a toujours relié Tom Boonen à ASO, comme l’assure Christian Prudhomme.

Bien sûr, rien que ses déboulés au Qatar y sont pour beaucoup, mais sur l’ensemble de sa carrière, Tom Boonen a remporté pas moins de cinquante succès dans des courses organisées par ASO. Dimanche, il tirera sa révérence au terme de Paris-Roubaix, une des épreuves que dirige Chistian Prudhomme.

Christian, qui est Tom Boonen pour vous, l’ancien journaliste sportif, désormais patron des plus grandes courses ?

"La première image qui me vient, c’est au départ du Tour à Monaco, en 2009, après l’affaire de la cocaïne. Nous avions demandé son exclusion au nom de l’image du Tour. Nous ne l’avions pas obtenue. Je l’ai croisé à la permanence par hasard. On s’est regardés, je lui ai tendu la main, il l’a serrée. J’ai vu dans son regard que c’était un vrai bon gars. Il aurait pu nous en vouloir d’avoir voulu l’écarter, ce n’était pas le cas. Il a pu faire des erreurs mais j’avais compris que c’est un gars bien."

Et au-delà de ça ?

"Un immense coureur de classiques, un grand champion. Je le situe parmi les plus grands coureurs de ces courses flandriennes, aussi comme un grand sprinter à ses débuts. On l’a beaucoup vu chez nous, au Qatar, en Picardie, à Paris-Nice, au Tour, à Paris-Roubaix… Il a de l’allure, une stature. Il en impose, il a de la prestance, l’allure du champion. C’est un grand gars, costaud, avec un grand sourire inaltérable, qu’il ne quitte jamais."

Déjà l’an dernier, vous auriez aimé le voir gagner une cinquième fois, non ?

"Je ne peux pas l’exprimer comme ça, vous le comprenez (il sourit) . J’ai dû dire que s’il n’était pas le vainqueur, il restait le grand homme, sans jeu de mots, de Paris-Roubaix 2016. Comme il l’est chaque année dans les classiques pavées, que ce soit les Flandres ou Paris-Roubaix."

Il restera lié à Paris-Roubaix.

"Déjà, il y a cette arrivée en force la première fois, quand il est chez US Postal et qu’il monte sur le podium avec Johan Museeuw. Je ne le connaissais pas, je ne l’avais jamais vu auparavant (NdlR : en 2002, il commentait la course sur France Télévisions) . Je voyais apparaître un gars de 21 ans dont on se disait qu’il allait réussir une très grande carrière."

Un regret ?

"Le cyclisme s’est aussi nourri de sa rivalité avec Fabian Cancellara. Les deux ont dominé ces courses pendant plus de douze ans. Le seul petit regret qu’on puisse avoir, c’est qu’on les a rarement vus ensemble en forme au même moment. On avait envie de vivre le duel à la Merckx-Ocana sur les pavés à travers Boonen-Cancellera. Ça a été trop peu souvent le cas pour toutes sortes de raisons."

Comment ressentez-vous le fait qu’il stoppe à Paris-Roubaix ?

"On n’y est pas du tout insensibles. Que ce champion-là arrête dans cette course-là, c’est rendre un immense hommage à la Reine des classiques. Quand on l’a vu tomber dans la première étape du Tour d’Oman, je me suis dit : "Oh, oh, oh. J’espère qu’il sera là le 9 avril." Pas uniquement pour nous, mais aussi pour lui, parce qu’il mérite une sortie magnifique et pour cela il faut qu’il soit devant, ce dont je ne doute absolument pas."


Hommage à Compiègne, à Roubaix, on verra

Officiellement, les organisateurs de Paris-Roubaix n’ont prévu de rendre un hommage à Tom Boonen qu’au départ, à Compiègne, devant le château. Pour l’arrivée, ils attendent. Sur l’avant-dernier secteur, à Hem, à 8 km de l’arrivée, dix-sept portraits de légendes de la course (des multiples vainqueurs ou des lauréats de la Reine des Classiques qui ont aussi gagné le Tour) seront plantés. Tom Boonen en fait évidemment partie. "Pour l’instant, rien n’est prévu à l’arrivée à Roubaix", dit-on chez Aso qui a quand même placé la photo du champion sur l’affiche et le livre de course de l’épreuve. "Boonen recevra davantage d’attention lors de la présentation des équipes samedi à Compiègne. On passera une vidéo lorsqu’il sera sur le podium avec son équipe QuickStep Floors." Les organisateurs ne prévoient rien de plus pour l’instant. Aso doit aussi prendre en compte le déroulement de la course, voir si Boonen termine sur le podium, s’il finit la course…


Gouvenou : "Sur les pavés, Tom est un félin"

Le directeur de course de Paris-Roubaix ne tarit pas d’éloges pour Tom Boonen

"Pour nous, Boonen sur les pavés, c’est Paris-Roubaix", affirme Thierry Gouvenou, l’ancien coureur, devenu directeur de course de Paris-Roubaix. "Je l’ai découvert en 2002 nous étions dans la même échappée du début de course, avec une trentaine d’autres. Il a fini 3e, j’ai terminé 7e. Il faisait un temps de chien. Je ne l’avais pas beaucoup remarqué sur les pavés avant la Trouée d’Arenberg. Puis j’ai été retardé sur crevaison. Après quelques secteurs, je suis rentré avec le groupe Museeuw revenu de derrière, mais la course a de nouveau explosé. J’ai chuté. Il est parti. Je ne l’ai revu qu’au Carrefour de l’Arbre."

Le Normand, qui allait arrêter sa carrière, a directement compris à qui il se frottait.

"Ce qui était remarquable déjà, c’était sa position sur les pavés", dit-il. "Il gardait sa souplesse avec ce coup de pédale félin, puissant et souple en même temps, toujours aérodynamique, couché sur son vélo. Sur les pavés, Tom est un félin. C’est l’image qui va rester de lui, sa position, son coup de pédale. "

Un coureur qu’il admire vraiment.

"Je ne peux pas comparer avec De Vlaeminck, mais de ceux que j’ai connus, c’est le plus grand", dit Gouvenou. "Museeuw, il écrasait le pavé, Tom, on dirait qu’il n’y touche pas. Ce qui est remarquable, c’est que Paris-Roubaix, c’est quand même une course de vieillards (il éclate de rire), disons de vieux briscards, et lui, à 21 ans, il était déjà là. Trois ans plus tard, il gagnait une première fois. "

Comme beaucoup, Thierry Gouvenou aurait aimé le voir face à Fabian Cancellara.

"On n’a jamais eu la grande confrontation entre les deux grands champions des pavés de cette génération, Boonen et Cancellara ", regrette-t-il. "Sur les pavés, ils étaient comparables. L’année où il a gagné, Cancellara a encore plus écrasé la course que Tom en 2012, où il fait quand même un numéro de cinquante bornes. J’ai le souvenir de son duel avec Pozzato (en 2009) . Je me souviens des écarts. Ça a fait dix secondes, dix secondes, dix secondes, onze secondes, douze secondes… Là on sent le vrai match, et on voit que Tom a la hargne en plus, ce qui fait qu’un très bon coureur est un grand champion. Dans les images, j’ai aussi celle du passage à niveau en 2006, quand il est bloqué avec son maillot de champion du monde, j’étais à côté, sur la moto."

Même s’il ne peut pas le dire, on comprend qui Gouvenou aimerait retrouver dimanche sur la plus haute marche du podium.

"L’an dernier, ç’aurait été l’apothéose qu’il gagne", affirme-t-il. "Ça a été une des éditions les plus folles depuis que je suis directeur de course, ça s’est décanté de bonne heure grâce à Tom. Il a piégé Cancellara et Sagan. Il a fallu qu’il tombe sur un Hayman dans un grand jour. En tant qu’organisateur, chez ASO, on adore le fait que, même s’il est Flamand, il dit que sa course préférée et la plus belle c’est Paris-Roubaix. La course aura marqué sa carrière, avec un parcours à sa dimension, auquel il est vraiment adapté. À Roubaix, il y a moins de pitié qu’aux Flandres, ça te lamine. C’est vraiment une course d’hommes."