Liège-Bastogne-Liège est l'une des plus belles courses du calendrier. Plus encore au lendemain d'un festival tel que celui offert par Remco Evenepoel et d'un podium 100% belge. Mais la Doyenne aura toujours un défaut: les routes wallonnes. "Elles sont encore pires qu'en Flandre", jugeait d'ailleurs Wout van Aert durant la semaine qui précédait ce dernier grand rendez-vous du printemps.

Malheureusement, cette déclaration du champion de Belgique ne fut pas le seul mauvais coup de pub à notre asphalte. L'énorme chute collective à 60 kilomètres de l'arrivée a rappelé celle du Tour de France 2015, sur les routes de Huy. "La dernière fois que j'avais ressenti ça, c'était quand William Bonnet était tombé sur le Tour", témoignait Bardet après l'arrivée, ce dimanche. A l'époque, le sprinteur français y avait laissé une cervicale et Cancellara son maillot jaune.

Il faut dire que Romain Bardet était aux premières loges, ce dimanche. Lui-même tombé, le tout récent vainqueur du tour des Alpes était le premier à se relever. Le K.-O. qui régnait autour de lui l'a interpellé. Et alors que tous les autres coureurs qui s'en tiraient sans blessure repartaient au plus vite, l'ancien 2e du Tour de France voyait Julian Alaphilippe dans le fossé, contre un arbre. Et se refusait à le laisser là, loin des regards des voitures d'assistance. Descendu dans le ravin au pas de course après avoir fait de grands gestes pour attirer l'attention sur l'accident de son compatriote, il a complètement mis ses ambitions personnelles de côté.

"J'ai eu très peur pour lui, il était trois mètres en contrebas et disait : 'Je ne peux pas bouger, je ne peux pas bouger'. Mais personne n'arrivait, ça a duré une éternité", racontait Bardet, qui avait fini par monter dans une voiture de son équipe pour rallier l'arrivée. Encore très choqué au moment de l'interview ci-dessous, le leader du Team DSM était impuissant dans les minutes qui ont suivi cette chute. "Je suis resté près de lui en attendant les secours mais dans ces cas-là, il ne faut surtout pas toucher la victime. On ne fait pas du vélo pour vivre des scènes pareilles. Ce n'était plus une course après ça", lâchait-il la voix tremblotante, estimant que les premiers secours avaient mis "4 ou 5 minutes à arriver". Les images d'hélicoptère de la course montrent pourtant qu'un mécanicien était aux côtés des deux Français une minute et dix secondes après la chute.



"Il a violemment tapé l'arbre"

Même au sein du staff de Quick-Step, la scène avait retourné ceux qui y avaient assisté et la victoire d'Evenepoel n'avait pas suffi à apaiser les esprits. "Il est tombé lourdement, le fossé n'était pas très profond, deux ou trois mètres tout au plus, mais il a violemment tapé un arbre", expliquait Davide Bramati à nos confrères de L'Equipe. "Le docteur était assis à côté de moi, il s'est précipité pour aller à sa rencontre et nous avons dû repartir sans lui", ajoutait-il. L'Italien avait déjà été l'un des premiers à porter secours à Remco Evenepoel après sa terrible chute au Tour de Lombardie, en 2020. Sans doute aurait-il voulu apprécier le sacre du Belge d'une autre manière qu'en ayant à revivre cette scène qui l'avait déjà marqué, il y a 22 mois. De son côté, le coureur brabançon semblait confirmer que l'état de la route à cet endroit avait pu engendrer la terrible chute: "Je connais bien cette portion, je savais que le revêtement était mauvais et qu'il fallait être très prudent."

Le premier bilan médical partagé par Quick-Step ce dimanche soir faisait état d'une omoplate cassée, de deux fractures des côtes et d'un hémo-pneumothorax. Le champion du monde a passé la nuit à l'hôpital et des examens approfondis devraient permettre d'en savoir plus sur sa période d'indisponibilité. Mais comme avec Remco Evenepoel en Lombardie, et au vu de l'émotion suscitée par cette chute, l'essentiel est surtout qu'il s'en tire à bon compte.