Le forfait du Français doit soulager les Ullrich, Rebellin, Casagrande, Dekker ou autre Tchmil…

BRUXELLES - «Je commence à me dire que je vais finir ma carrière sans avoir remporté les deux courses qui me font rêver, à savoir Liège-Bastogne-Liège et le Championnat du Monde.» Un voile de tristesse est venu, depuis le week-end dernier, assombrir le quotidien de Laurent Jalabert. Le Mazamétain, on le sait, a renoncé, la mort dans l’âme, à défendre ses chances au Mondial de Lisbonne le 14 octobre prochain. Un forfait qui, à défaut d’être surprenant, va quelque peu dévaluer le plateau portugais. Pourquoi ? Parce qu’un Jaja en forme Tour de France ou, tout simplement, en forme Clasica San Sebastian n’aurait pas fait tache en terre lisboète. Il aurait carrément constitué un candidat potentiel au maillot arc-en-ciel.
Mais voilà, depuis la mi-août, le dernier maillot à pois du Tour n’a plus carburé au super. La faute à quoi ? «En fait, tout est encore lié à l’accident domestique dont j’ai été victime en février. Depuis, je ressens des douleurs au dos et au genou qui ne se sont jamais estompées. Pire : depuis le GP des Nations, le 20 septembre, la situation n’a cessé d’empirer.»
Dans l’entourage du leader de l’équipe CSC-Tiscali, on fait noter que ce mal de dos qui le handicape depuis qu’il s’est fracturé trois apophyses ne l’a jamais quitté. Jaja l’a simplement passé sous silence des mois durant pour ne concéder aucun avantage à ses rivaux. Mais il y a une limite à tout. Et le point de rupture fut atteint le week-end passé en Italie. «En septembre, après la naissance de mon quatrième enfant, j’ai passé quatre jours à Val Thorens. Durant ce séjour, j’ai escaladé les cols de La Madelaine, des Saisies et du Cornet de Roselend. Déjà, je ne me trouvais plus fringant. Mais j’ai pensé que c’était lié à la charge de travail que j’avais accumulée pour redevenir compétitif pendant l’été. Je comptais sur la dernière semaine de course en Italie pour me refaire une santé, mais en vain.»
Au GP de Prato, à la Coppa Sabatini, au Tour d’Emilie et à Milan-Vignola, Laurent Jalabert traversa autant de chemins de croix. «En Italie, j’ai vu un ostéopathe qui m’a précisé que je souffrais d’une lésion due, en grande partie, à ma position tordue sur le vélo. Là, dans les semaines qui arrivent, je vais aller consulter un chiropracteur pour qu’il débloque les tensions musculaires.»
Vice-champion du monde à Benidorm en 1992 derrière Gianni Bugno, Laurent Jalabert assouvira peut-être son bonheur mondial à Zolder dans douze mois. Mais en attendant, son absence est de nature à soulager des gens comme Jan Ullrich, Francesco Casagrande, Davide Rebellin, Erik Dekker ou Andreï Tchmil. «J’ai vu Ullrich voler comme un avion au Tour d’Emilie ! C’est mon favori pour Lisbonne avec Casagrande et Rebellin. Mais pour gagner, Casagrande doit arriver seul, tandis que Rebellin peut toujours tabler sur un sprint.»
Laurent Jalabert sait de quoi il en retourne. N’avait-il pas fait la nique aux deux Italiens à Saint-Sébastien début août ? De quoi alimenter encore un peu plus les regrets…