Deux ans après avoir été suspendu à vie de toute activité dans le monde du cyclisme, le Belge Johan Bruyneel affirme qu'il est toujours aussi passionné par son sport, qui a rythmé sa vie pendant 46 ans, jusqu'en 2012 peu avant que Lance Armstrong n'avoue s'être dopé pendant la majeur partie de sa carrière : "Dans l'absolu, j'aimerais revenir, mais je sais pertinemment bien que c'est impossible. Je ne vois pas qui pourrait revenir sur cette décision. Ce n'est pas la tendance en tout cas", regrette l'ancien coureur et directeur sportif dans une interview à nos confrères d'Eurosport.

Dix ans après l'arrêt définitif de son ancien poulain Lance Armstrong avec qui il est toujours en contact, Johan Bruyneel explique qu'il "assume tout et accepte sa responsabilité." La seule chose qu'il n'accepte pas, c'est le sentiment d'avoir payé pour tous les autres : "C'est allé trop loin. Le personnage de Lance a été assassiné. Cette diabolisation collective est facile à faire, mais impossible à défaire. C'est dur à encaisser d'autant qu'il y a eu énormément d'hypocrisie", estime l'ancien directeur sportif d'US Postal au début des années 2000, tout en répétant ce qu'il a déjà dit à maintes reprises : "Dopage ou pas, dans toute l'histoire du cyclisme, chaque grand champion a toujours été le meilleur de sa génération. Et Lance ne déroge pas à cette règle."

S'il estime que le monde du cyclisme a changé depuis cette époque, ce n'est pas parce que l'affaire Armstrong a été révélée au grand jour : "Ce qui a permis de faire avancer les choses, c'est l'évolution des méthodes de détection, l'instauration du passeport biologique, un ensemble de mesures qui ont fait que les possibilités de se doper sont désormais plus difficiles, et pour un avantage moins important", détaille-t-il, persuadé que le dopage était indispensable dans les années 90 et 2000, "à l'époque où l'EPO a fait son apparition, les avantages étaient impressionnants et tu ne te faisais pas choper. Pour les coureurs qui n'en avaient pas, c'était limite inutile de prendre le départ. Et ce n'est pas Lance qui a inventé ça. Tout était déjà en place avant lui."

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Avec le recul, Bruyneel estime que l'image très influente de patron du peloton collée à Lance Armstrong durant sa carrière leur a joué des tours par la suite : "Ça a été violent, en effet. Je me mets dans le même sac, d'ailleurs. J'ai été traîné dans la boue, j'ai reçu des messages horribles, barbares, des trucs de fou que je ne peux même pas répéter ici. Ça a été extrêmement difficile à vivre. J'ai dû me faire aider psychologiquement pour surmonter cette épreuve. Lance aussi. Personne ne peut imaginer par où on est passé. On a payé un lourd tribut. J'y ai perdu mon mariage. Encore aujourd'hui, c'est compliqué. Vraiment, ça a été très lourd."