La décision a été mise en délibéré au 17 janvier.

"M. Sainz soutient avoir (donné aux sportifs) uniquement des conseils nutritionnels, le jeûne notamment... C'est vrai, mais il a aussi donné des conseils et des indications sur les protocoles de dopage", a soutenu la procureur dans ses réquisitions.

Concernant l'exercice illégal de la médecine, l'infraction "la plus grave", la représentante du parquet a rappelé que Bernard Sainz n'hésitait pas à "conseiller" des "personnes vulnérables", leur demandant parfois "d'arrêter les traitements" préconisés par leur médecin, y compris pour des malades atteints de cancer.

"Sur instructions de M. Sainz, des patients ont menti à leur médecin", a-t-elle déploré.

"Imaginons que vous appreniez que vous avez une pathologie qui engage votre pronostic vital. Quelqu'un vous dit: +en buvant ces gouttes, en jeûnant pendant trois jours, en mangeant des pamplemousses vous allez guérir et j'ai quasiment 100% de réussite+... Est-ce que vous n'allez pas, vous aussi, tenter le coup?", s'est interrogée la procureure. "Bien sûr que oui, c'est humain".

Mais si "M. Sainz peut bien croire à ses préceptes, il est dangereux pour la société", a-t-elle affirmé.

Soulignant que M. Sainz n'était "plus accessible au sursis" en raison de ses condamnations antérieures, la procureure a également souhaité que le prévenu, âgé de 78 ans, soit frappé d'une "interdiction professionnelle définitive" dans le domaine de la santé et sportif.

"Hygiène de vie"

A l'encontre de l'ancien cycliste Loïc Herbreteau, 45 ans, soupçonné d'avoir mis en relation des sportifs avec M. Sainz, la procureure a requis neuf mois de prison avec sursis, assortis d'une amende de 5.000 euros, pour "aide à l'usage de produits dopants".

Le ministère public a demandé six mois de prison avec sursis et 8.000 euros d'amende contre l'ancien acteur Pierre-Marie Carlier, 56 ans, jugé pour avoir mis son fils Alexis, coureur cycliste semi-professionnel, en contact avec Bernard Sainz "en vue d'améliorer ses performances sportives".

De son côté, la défense a plaidé que "le dossier est vide", en avançant que M. Sainz "a laissé croire" dans les pelotons qu'il avait des produits dopants c'était pour ne pas perdre sa réputation de gourou. En fait, a dit Me Hector Bernardini, son client demandait uniquement aux cyclistes de "respecter une hygiène de vie extrêmement stricte".

Le langage codé pour parler de produits dopants relève "du fantasme", a dit l'avocat. "Tout repose sur des +on-dit+".

Ancien coureur amateur, présent dans le milieu du cyclisme depuis qu'il a intégré comme directeur sportif adjoint l'équipe Gan Mercier, Bernard Sainz entretient depuis longtemps la réputation d'un gourou flirtant sans cesse avec les limites mais profitant de ses bonnes relations dans le peloton.

Sur son site, il met en avant les soins qu'il a prodigués à de grands noms du cyclisme des années 1960 et 1970 comme Poulidor, Guimard ou encore Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour de France (1975, 1977). Plus tard, il avait aussi côtoyé le Français Philippe Gaumont, convaincu de dopage et mort à 40 ans après un accident cardiaque, ou Frank Vandenbroucke, l'enfant terrible du cyclisme belge, décédé à 34 ans après une carrière marquée par les affaires de dopage et de drogue.

Il a été condamné en 2014 en appel à Paris à deux ans de prison dont vingt mois avec sursis, notamment pour incitation au dopage et exercice illégal de la médecine, dans une affaire qui avait éclaboussé le milieu cycliste dans les années 1990.

En février 2019, la cour d'appel de Caen lui a infligé 12 mois de prison avec sursis et 2.000 euros d'amende dans une autre affaire dans le milieu cycliste semi-pro et amateur.