Le Coni a proposé une suspension de 4 mois et l'Italien est rentré chez lui ce matin

STUTTGART C'est un peu à la surprise générale que Danilo Di Luca fit irruption, sur le coup de 20 heures, dans la petite salle de l'hôtel où Bettini donnait sa conférence de presse. Le beau gosse blond, vainqueur, cette année, du Giro et de Liège-Bastogne-Liège, avait le teint blême de quelqu'un qui venait d'apprendre une mauvaise nouvelle. A côté de lui, Bettini avait presque l'air de quelqu'un prêt à faire la fête, c'est tout dire.

Di Luca attendit patiemment son tour, mais quand celui-ci vint, c'est à peine si l'Italien put parler tant l'émotion était intense. "Je suis venu vous dire que le Procureur Torri du Coni (NdlR : Comité Olympique Italien) a analysé les données envoyées à mon sujet par l'UCI (NdlR : à propos de son implication dans l'affaire Oil for drugs ainsi que dans une autre affaire, remontant au dernier Tour d'Italie, au Zoncolan, où le Coni l'avait contrôlé inopinément, contrôle qui laissait apparaître d'éventuelles manipulations ou irrégularités) et a décidé qu'il y avait suffisamment d'éléments pour demander une suspension provisoire à mon égard de 4 mois. La fédération n'a donc d'autre choix que de me retirer de l'équipe. Je ne pourrai pas courir le Mondial, ce dimanche. Pour moi, cette décision est tout simplement scandaleuse car, en réalité, il n'y a pas de preuves contre moi. En plus, le Tribunal Arbitral du Sport étant fermé le vendredi, je n'ai même pas la possibilité d'un recours. Je suis donc piégé, pieds et poings liés. Je rentre chez moi ce vendredi matin, dépité et dégoûté. Dire que je m'étais préparé à ce Mondial depuis des mois. Tant de sacrifices finalement pour rien ! "

Exit donc, Di Luca, qui, comme Bettini un peu plus tôt (concernant les accusations de la ZDF), est bien décidé à faire toute la lumière sur cette affaire à l'aide de ses avocats.

L'UCI est furieuse

Un peu plus tôt dans la soirée, c'est un président de l'UCI absolument hors de lui qui avait face aux journalistes. Hors de lui parce que les organisateurs allemands, à son avis, font fausse route, s'en prenant un peu à tous et à n'importe qui... et surtout n'importe comment. "C'est simple, je prétends que ce Mondial a été pris en otage par les politiciens de Stuttgart, disait Pat McQuaid. L'adjointe au Maire, Madame Eisenmann fait complètement fausse route. Elle s'imagine qu'elle peut engager des poursuites vis-à-vis d'un coureur comme Bettini parce qu'il n'a pas signé la charte, mais cette charte n'a jamais eu de caractère compulsif ! On ne peut pas empêcher un coureur de prendre le départ du Mondial sur la base de cette charte. Je pense que cette dame essaie de récupérer la publicité faite autour de ses démarches à des fins politiques personnelles. Mais elle se trompe. L'UCI dénonce officiellement ces démarches. L'attitude de Madame Eisemann est très dangereuse car nous ne manquerons pas d'aviser les autres fédérations de cette manière d'agir, ce qui ne peut être que mauvais pour Stuttgart, qui se voulait une ville sportive par excellence. Tous les efforts déployés pour mettre sur pied ces Championnats du Monde sont minés, mis à mal, par les politiques de cette ville. En plus, cette dame se permet d'affirmer qu'un champion comme Eddy Merckx n'est pas le bienvenu ici, cette attitude est inqualifiable et inacceptable."

Hier, il se murmurait que les coureurs envisageaient peut-être une action forte ce dimanche. Certains prétendaient même qu'il pourrait ne pas y avoir de Mondial du tout. Mais on sait que la solidarité n'est pas nom plus la plus grande des vertus au sein du peloton. Bettini moralement touché, Di Luca à la maison, certains doivent certainement se dire que cela fait deux rivaux en moins...



© La Dernière Heure 2007