Cyclisme

"Ces trois ou quatre dernières années, les coureurs cyclistes ont utilisé le dopage mécanique au Tour de France. On m'a dit qu'au Tour 2015, il y avait près de 12 coureurs qui avaient un moteur sur leur vélo."

La déclaration fracassante émane de Jean-Pierre Verdy, ancien directeur du département des contrôles à l'Agence française de lutte contre le dopage.

Dans l'émission "60 Minutes", diffusée sur CBS, il a tiré la sonnette d'alarme.


Des moteurs dans les vélos depuis 1998, Lemond sceptique sur les résultats du Tour

Un ingénieur hongrois qui a inventé un moteur miniature pour vélos affirme que de tels artifices sont utilisés par certains coureurs professionnels depuis 1998, à tel point que la légende Greg Lemond n'a plus foi dans les résultats du Tour de France.

Les deux hommes ont fait part de leurs suspicions sur la triche dans le cyclisme lors d'une interview à la chaîne américaine CBS, qui diffusera l'intégralité de l'entretien dans son émission "60 Minutes" dimanche.

L'ingénieur hongrois Istvan Varjas, lui-même ancien coureur, y parle des vélos truqués, équipés d'un petit moteur caché dans le cadre de la bicyclette, qui permet au coureur de fournir moins d'efforts pour pédaler.

Après des décennies durant lesquelles le cyclisme a été gangrené par les affaires de dopage, les rumeurs dans le milieu sur ce procédé se sont fait de plus en plus insistantes ces dernières années. Et d'autant plus après qu'une jeune coureuse flamande a été prise sur le fait, avec un vélo équipé d'un moteur, lors des Mondiaux de cyclo-cross en avril dernier.

Mais M. Varjas a affirmé à CBS que dès 1998 il avait mis au point un moteur adaptable dans un cadre de vélo. Un acheteur anonyme lui a versé 2 millions de dollars pour le lui acheter et pour que durant une période de 10 ans il ne parle à personne de son invention, qu'il ne la développe pas et n'en vende à personne d'autre.

L'ingénieur estime que son moteur a été utilisé pour tricher dans des courses cyclistes, mais il s'est défendu en soulignant que même s'il était certain que son moteur servirait à des tricheurs, "si cela rapporte beaucoup d'argent, pourquoi pas ?".

L'ancien coureur américain Greg Lemond, trois fois vainqueur du Tour de France, a appelé quant à lui à davantage de contrôles sur les vélos par les organisateurs des courses.

"Il est possible de régler ce problème", a-t-il insisté dans la même émission. "Mais je n'y crois plus jusqu'à ce qu'ils règlent le problème, jusqu'à ce qu'ils arrivent à se débarrasser des moteurs. Je ne crois plus dans aucune victoire sur le Tour de France".

Istvan Varjas a montré comment fonctionne son moteur dans un magasin de cycles de Budapest. Il est possible de mettre en route l'assistance au pédalage avec un petit commutateur, ou les modèles les plus perfectionnés peuvent aussi entrer en action quand le rythme cardiaque du coureur dépasse un certain seuil.

Jean-Pierre Verdy, ancien directeur du département des contrôles à l'Agence française de lutte contre le dopage, a lui aussi fait part de son inquiétude: "On me parle de l'utilisation de moteurs depuis trois ou quatre ans. Il y a un problème. En 2015 tout le monde se plaignait et j'ai dit que quelque chose devait être fait".


Sky et Armstrong se défendent d'avoir triché

Interrogé par CBS, Armstrong, déchu depuis de ses sept victoires dans le Grande Boucle pour dopage, a assuré via son avocat qu'il n'avait jamais utilisé "un quelconque moteur".

Un ancien coéquipier d'Armstrong au sein de l'équipe US Postal, Tyler Hamilton, convaincu lui aussi de dopage, a de son côté indiqué qu'il "n'a jamais eu connaissance d'utilisation de moteurs" lorsqu'il faisait partie de l'équipe américaine.

CBS a appris d'une source officielle française que lors de contrôles réalisés durant le Tour de France 2015 remporté par le Britannique Chris Froome, les vélos utilisés pour les contre-la-montre par l'équipe Sky étaient plus lourds de 800 g que ceux des autres équipes.

Un porte-parole de l'équipe Sky, interrogé par CBS, a expliqué que cette différence de poids "pouvait s'expliquer pour faciliter l'aérodynamisme" et que l'équipe "n'avait jamais eu recours à l'assistance mécanique".

Enfin, Varjas assure avoir vendu plusieurs vélos équipés de moteurs lors des trois dernières années au sulfureux médecin italien Michele Ferrari, exclu à vie en 2012 du cyclisme pour son implication dans le scandale US Postal. Ferrari a nié à CBS avoir acheté des vélos, mais a reconnu en avoir testé un.