"Financièrement, nous étions obligés de passer par les vélodromes"

ANVERS Difficile d'aborder ce Championnat du Monde à Anvers sans faire référence au passé. Difficile aussi de ne pas reconnaître que les temps sont durs pour les pistards, en général, pour les Belges en particulier. Difficile, enfin, de ne pas se laisser envahir par la nostalgie des années 60, celles qui virent nos représentants briller souvent sur les parquets ou ciments des vélodromes.

Ferdinand Bracke fait partie de notre patrimoine et de cette génération de coureurs que l'on ne se lassait pas de voir tourner sur les anneaux. Lui aussi se souvient de son temps. Du temps où les temps étaient déjà durs: "C'est par nécessité qu'au sortir du Tour de France, nous nous dirigions vers la piste. Il n'était, alors, pas question de vacances, encore moins de repos. Si le Tour n'avait pas été trop bien réussi, je n'étais pas invité à disputer les critériums. J'avais l'occasion de m'aligner au Nations , d'aller à Lugano et de disputer le Trophée Baracchi avant de faire la tournée des six jours. On commençait par Gand, puis Anvers et Rotterdam. Financièrement, à l'instar de nombreux coureurs, j'étais obligé de passer par la piste pour boucler ma saison."

Les époques ne sont plus comparables. Avec les sommes injectées aujourd'hui dans le cyclisme sur route et les contrats tous plus juteux les uns que les autres, la piste n'est plus un passage obligé. "Que viendraient-ils faire sur les vélodromes?" e demande avec raison un Ferdinand Bracke qui ne se nourrit pas exclusivement de ses souvenirs. "Il n'empêche que si on en bavait quelques fois, on a tout de même vécu des moments fabuleux. On ne gagnait pas des masses mais on ne se plaignait pas" Et de se rappeler ses déplacements en France, des omniums qui se terminaient vers minuit, les 5 à 600 kilomètres à se farcir en pleine nuit, par tous les temps. Et cela pendant deux ou trois semaines
"C'est dommage que la relève n'ait pas été assurée en Belgique, poursuit-il . Je suis persuadé qu'il ne faudrait pas grand-chose pour relancer la discipline chez nous. Nos voisins français devraient nous servir plus souvent d'exemple. Eux, ils sont structurés. Ils se sont inspirés de l'expérience des pays de l'Est pour mieux s'organiser. Florian Rousseau, l'une des figures de proue de la formation tricolore, est pratiquement un fonctionnaire de l'Etat. La France a compris, depuis longtemps, que tous les sportifs de l'Hexagone devaient être encadrés. Des stages et des entraînements sont prévus à leur intention et les résultats sont là pour témoigner que les options ont été bonnes. Nos politiques devraient peut-être réfléchir à la question"