Pour conquérir le Japon, ASO a emmené les stars du peloton à Saitama.

"Le Tour de France est un patrimoine national, un morceau tout entier de notre identité." Posés en préambule d’un discours prononcé jeudi soir à l’ambassade de France à Tokyo entre crêpes bretonnes et bolées de cidre, les mots de Jean-Étienne Amaury (président d’ASO), résonnent d’une dimension un rien solennelle. Venu présenter la troisième édition du Le Tour de France Saitama Critérium (disputé samedi) devant la chambre économique et d’industrie locale, le boss de la société organisatrice de la Grande Boucle s’est transformé pour l’occasion en VRP de luxe.

C’est que pour continuer de grandir et de se développer, le plus grand événement sportif annuel au monde sait qu’il se doit de conquérir de nouveaux marchés. Depuis 2013, le Tour de France s’exporte ainsi à Saitama, une cité de la grande banlieue de Tokyo où nos Diables Rouges avaient partagé l’enjeu 2-2 face au Japon lors de la Coupe du Monde 2002.

"Nous y avons emmené un vrai morceau du Tour, ce que l’épreuve fait de mieux", sourit Claude Rach, directeur du développement chez ASO. " Les Japonais aiment les vainqueurs et les stars et nous avons donc composé un plateau de premier choix avec Froome (vainqueur final en juillet) , Rodriguez (double vainqueur d’étape) , Bardet et Vuillermoz (vainqueurs d’une étape) et les deux stars locales Arashiro et Beppu."

Une débauche de moyens qui traduit bien l’importance qu’ASO accorde à ce rendez-vous.

" Nous avons la ferme volonté, depuis plusieurs années maintenant, de faire rayonner le Tour de France hors Europe. Une étude marketing nous a démontré que la notoriété de notre épreuve au Japon était importante sans que la connaissance du sport cycliste y soit développée pour autant. Il y avait donc là un axe de travail intéressant qui a parfaitement coïncidé avec la volonté de la ville de Saitama d’accueillir un événement sportif majeur. La cité japonaise est celle qui compte le plus de vélos par habitant dans le pays et souhaite poursuivre la promotion d’un sport qu’elle considère comme un vecteur de bien-être."

Programmé quatre jours après la présentation du Tour 2016, le Critérium de Saitama permet également d’augmenter un peu plus la caisse de résonance de ce qui est bel et bien une marque. "Tout au long de l’année, nous organisons des événements labélisés Tour de France un peu partout dans le monde qui font résonner le nom de notre épreuve phare. Nous lancerons en novembre 2016 une cyclosportive en Australie qui compte déjà 8.500 inscrits, une épreuve du même type a rassemblé dernièrement 3.500 cyclistes à Londres et nous proposons également une étape du Tour en Argentine. Le concept de critérium n’est actuellement décliné qu’à Saitama, avec qui nous avons un contrat renouvelable à l’année, mais il n’est pas exclu que celui-ci fasse des petits. Plusieurs villes sont candidates, mais nous voulons veiller à la qualité de l’événement. La série n’est pas déclinable en dix épisodes…"

Plus que jamais, le Tour de France n’a plus de frontières.


Un avant-goût de vacances 

Plusieurs coureurs combinent Critérium et découverte du Japon

Programmé le 25 octobre, une date à laquelle la très large partie du peloton goûte enfin à quelques jours d’un repos mérité, le Critérium de Saitama est une nouvelle fois parvenu à rassembler un plateau de tout premier choix avec les Froome, Degenkolb, Rodriguez ou Bardet. Mais comment donc ASO parvient donc à convaincre des athlètes fatigués par les exigences d’une saison dense d’avaler plus de dix heures d’avion à cette période de l’année ?

Outre un joli chèque (environ 50.000 euros pour Chris Froome, soit un prix aligné sur les tarifs pratiqués sur les critériums d’après-Tour), la société organisatrice du Tour dorlote les cyclistes.

"L’hôtel dans lequel sont logés les coureurs est un cinq étoiles d’un excellent niveau", détaille Philippe Fournier, le directeur du Critérium de Saitama. "Nous offrons ensuite la possibilité à chacun des coureurs européens ayant fait le déplacement au Japon d’être accompagné d’une personne de leur choix. Certains en profitent donc pour combiner la dernière épreuve de leur saison avec quelques jours de vacances dans un pays que les cyclistes n’ont pas réellement l’habitude de visiter."

Alexis Vuilermoz , vainqueur au sommet de Mûr-de-Bretagne en juillet, mettra ainsi le cap sur Kyoto dès dimanche. "Les coureurs sont libres de choisir leur date de retour. En 2013, Chris Froome avait, lui aussi, profité de l’occasion pour visiter le pays. Aujourd’hui, les athlètes sont demandeurs d’une participation au Critérium de Saitama. Le bouche à oreille a très vite fait connaître la qualité de notre organisation…"