Gilbert, trois fois troisième ce week-end, est apparu en forme ascendante. De bon augure pour le National et le Tour

BRUXELLES Philippe Gilbert devra donc patienter avant de lever les bras en vainqueur pour la première fois depuis qu’il est devenu champion du monde. Au moins jusqu’à demain, à Gullegem, où il court la kermesse comme les années précédentes (il s’y était imposé il y a deux ans). Plus vraisemblablement, s’il gagne prochainement, ce sera lors du Tour de Suisse, son futur grand rendez-vous, avant le National puis, plus que vraisemblablement, au Tour de France. Que le Liégeois va disputer la Grande Boucle est un secret de Polichinelle mais comme l’équipe BMC veut ménager un effet d’annonce, Gilbert préfère rester muet sur le sujet. Tout au long de la semaine passée, le porteur du maillot arc-en-ciel est apparu en forme, dans une condition ascendante, tout comme Tom Boonen, d’ailleurs. Le week-end et ses deux étapes wallonnes, qu’il a toutes deux terminées en troisième position, place qu’il occupe aussi au classement final, ne lui auront toutefois pas permis de renverser la vapeur et d’inquiéter réellement Tony Martin, solide maillot rouge pour la deuxième année de suite.

Hier, dans un temps de Toussaint, sur des routes qu’il connaît bien et devant un public dont la pluie glaciale n’avait nullement douché l’enthousiasme, l’Ardennais a bien tenté de faire sauter l’Allemand, mais Panzer Martin n’a pas gagné Paris-Nice pour rien.

“Je savais que ce serait très dur et ce fut en effet une journée difficile” , avouait-il. “Avec une minute de retard, je devais attaquer Martin, je ne pouvais pas attendre la dernière côte. On a donc durci la course, lancé Greg Van Avermaet dans l’attaque initiale, mais les équipiers de Martin ont maintenu l’écart dans des proportions idéales pour eux.”

Alors, l’équipe américaine a dû changer de stratégie en cours d’étape, on la vit même apporter son soutien aux Omega Pharma dans la poursuite derrière ceux qui devenaient menaçants au général. “Dans la côte de Niaster, à septante kilomètres de l’arrivée” , expliquait encore Phil, “on a haussé le rythme de la course. Ensuite, il y a eu des attaques et Luis Leon Sanchez s’est retrouvé devant.” Avant de s’inquiéter de l’Espagnol, Gilbert chercha cependant d’abord à distancer Tony Martin. Il porta une attaque dans La Redoute, à vingt kilomètres de l’arrivée, lâcha l’Allemand pendant deux ou trois minutes et revint à 25 secondes de l’échappé.

Mais la pluie et le froid avaient eu sans doute raison de son explosivité. Si elle avait fait mal à l’immense majorité de ceux qui voulaient alors encore jouer un rôle, son attaque n’eut pas le tranchant suffisant pour faire vaciller Martin qui, en champion du monde du chrono, revint à son rythme, et l’on sait qu’il est élevé. La messe était dite pour le général, restait le gain de l’étape. “Nous n’avions pas d’informations sur l’évolution de la course” , regrettait le Liégeois qui, pendant le final, s’était plaint face à la caméra de ne pas obtenir les écarts. “Je pensais que nous allions pouvoir le rattraper. Quand j’ai appris qu’il avait augmenté son avantage, je savais que, sauf défaillance à cause de la météo, c’était fini. Sanchez n’a pas craqué, il a même réussi un grand numéro.” Et Gilbert, devancé au sprint par Gavazzi, a dû se contenter d’une double troisième place. “Je ne dois pas avoir de regret, j’ai tout essayé” , disait-il. “Martin était le plus fort. Ma condition est bonne, ma présence devant sur des terrains différents pendant plusieurs jours en est la preuve.”



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