La victoire a ce pouvoir unique de gommer en un instant les contours d’une trop lourde pression. Lauréat de la Flèche Brabançonne mercredi, Philippe Gilbert s’est considérablement simplifié la vie à l’aube de la semaine la plus importante de sa saison.

Pour la première fois depuis 2011, le Wallon se présentera dimanche au départ de l’Amstel Gold Race avec un compteur de victoires débloqué. Une large bouffée de confiance et de sérénité pour le double vainqueur de l’épreuve néerlandaise dont la relative discrétion commençait à inquiéter.

"J’ai beaucoup œuvré, jusqu’ici, pour des leaders jouant le classement général sur des tours d’une semaine, analyse ainsi le Remoucastrien. Il est difficile de m’exprimer dans un tel contexte, mais j’accepte cette donne. J’ai ainsi pu travailler qualitativement. Au départ de la Flèche Brabançonne, mercredi, je savais que la condition était là. La victoire est toujours un souhait dans un tel contexte et le briefing avait été clair : nous étions là pour jouer la gagne. Notre plan a réussi, mais il n’en va pas toujours comme ça."

Le contenu de la discussion tactique sera-t-il le même à Maastricht dimanche matin ? "Cela fait maintenant douze ans que j’évolue dans le peloton pro et je sais qu’une des erreurs à ne jamais commettre est de sous-estimer l’adversaire. Même lorsque tout me réussissait en 2011, je ne me suis jamais permis d’affirmer que j’avais la certitude de remporter une course avant d’en prendre le départ. Je sais que je suis bien et que je peux dormir plus tranquillement, mais le plus difficile reste à faire. Un excès de confiance est la garantie de passer à côté de son sujet. Il faut respecter la concurrence."

Et Philippe Gilbert la sait relevée. Car comme il l’a lui-même souligné en milieu de semaine à Overijse, le plateau sera bien plus relevé sur les routes du Limbourg néerlandais que dans le Brabant flamand. "Valverde et Kwiatkowski sont, à mes yeux, les grands favoris pour les trois prochaines courses au regard de ce qu’ils ont montré jusqu’ici. Ils grimpent bien, vont vite au sprint et peuvent, de surcroît, compter sur une équipe très solide. Se sont-ils trop exposés ? On ne le fait jamais trop quand on est réellement fort. Et ces deux coureurs le sont."

Autrefois intraitable sur les arrivées en côte, l’Ardennais a vu émerger depuis deux ans une nouvelle génération de finishers. "Rodriguez et moi-même étions alors pratiquement les deux seuls spécialistes, mais de jeunes athlètes sont venus se mêler à cette lutte et c’est bien normal. La concurrence sur ce terrain spécifique est désormais plus aiguisée. La liste des prétendants pour dimanche est longue car beaucoup de coureurs sont capables de remporter cette course. J’ai déjà affirmé que BMC n’assumera pas seule le poids de la course. J’espère que la collaboration sera bonne car les choses sont toujours plus faciles quand la sélection se fait plus vite."