Diminué par sa chute de mercredi, Gilbert était avec les favoris jusqu’à Saint-Nicolas.

L’ampleur de chaque turpitude de l’existence est toujours fonction de la relativité qu’on peut y apporter. Samedi, à la veille d’un des grands rendez-vous de sa saison, qu’il savait ne pas aborder dans les meilleures conditions, Philippe Gilbert avait posté sur son compte Twitter la vidéo d’un jeune américain de 13 ans souffrant d’une maladie épidermique considérée comme la plus douloureuse que connaisse la médecine moderne. Le Wallon avait accompagné son tweet d’un commentaire : "Respect pour ce garçon mais aussi plus jamais le droit de se plaindre de rien." Une bien belle manière de prendre un peu de distance sur les événements de la semaine écoulée.

Trente-sixième hier à Ans , Philippe Gilbert aura repoussé un peu plus loin son seuil de douleur pour accompagner les favoris jusqu’à Saint-Nicolas, avant de devoir constater qu’il ne lui serait pas possible de lutter pour la victoire.

"Je pouvais suivre jusqu’à cet endroit, mais il ne m’était pas possible de tenter quoi que ce soit, commentait le Liégeois. Je tentais de survivre dans les bosses. Il ne s’est pas passé grand-chose avant Saint-Nicolas et ce n’était donc pas mission impossible de rester devant jusque-là, mais lorsque Valverde a attaqué et que j’ai vu avec quelle facilité, il prenait du champ, j’ai compris le gouffre qui nous séparait… Il me manquait de la force."

L’ancien champion du monde l’avait encore répété samedi après avoir acté sa participation à sa 13e Doyenne : le sport de haut niveau n’accorde pas de place aux miracles.

"Je savais que cela allait être difficile et je l’ai vérifié. Même lorsque l’on tente d’oublier la douleur et de ne pas y penser, elle est reste présente. Il n’est dès lors pas facile de prester dans ces conditions. Mes équipiers, comme les directeurs sportifs dans la voiture, n’ont jamais cessé de me motiver, mais cela n’a pas suffi. J’ai tenté de faire de mon mieux, mais à ce niveau, tout manque se paie cash. Il faut vraiment être à 100 % pour pouvoir ambitionner un rôle sur une course aussi difficile. Ce n’était clairement pas mon cas. Je n’ai pas joué une partie de bluff dans les jours qui ont précédé cette course, j’étais réellement diminué. Mes regrets tiennent surtout à cette chute de mercredi, où j’ai assurément abandonné toutes mes chances de victoire… Je vais maintenant souffler pendant deux ou trois jours avant de me rencontrer sur le Giro, mon prochain objectif." Où le Liégeois espère revoir la vie en rose.


Piva : "On y a cru jusqu’au bout"

Le directeur sportif de la formation BMC était admiratif du courage de son leader.

Au moment de sortir de sa voiture pour rejoindre le bus de la BMC où il voulait aller féliciter son leader, Valerio Piva semblait tanguer entre admiration et frustration."Chapeau bas à Philippe pour ce qu’il a fait ce dimanche", débutait le directeur sportif italien. "Il a livré une fantastique leçon de courage et de volonté. C’est son mental et son caractère qui l’ont fait pédaler aujourd’ hui. En début de course, il est descendu à la voiture pour me signaler que cela allait plutôt bien. Je l’ai vu ensuite rassembler ses troupes à la mi-course pour les motiver. Phil s’est battu pour lui, mais aussi et avant tout je pense pour l’équipe. Il a fait le maximum."

Il n’aura finalement manqué que cinq kilomètres au Wallon, pour se battre pour la victoire. "J’étais très heureux de le voir encore présent dans la finale même si j’espérais forcément qu’il puisse accompagner les meilleurs jusque-là", poursuivait Piva. "On y a vraiment cru jusqu’au bout dans la voiture, mais il lui aura tout de même manqué un petit quelque chose pour pouvoir ambitionner un nouveau succès. C’est finalement on ne peut plus logique quand on prend un peu de recul sur les événements et que l’on se remémore l’état dans lequel était Philippe après sa chute sur la Flèche Wallonne. Cette course est déjà tellement difficile quand on est en bonne santé… La douleur l’a forcément handicapé. Qu’aurait-il pu ambitionner sur les classiques wallonnes sans ce coup du sort ? Avec des si…"