Basso a vécu avec bonheur et modestie sa première victoire dans un Grand Tour, malgré la polémique Simoni

MILAN Quand il courait encore dans les catégories de jeunes, Ivan Basso était baptisé Ivan le Terrible, tant il gagnait des courses. Deuxième des Championnats du Monde juniors en 1995, il avait ensuite transformé cette médaille d'argent en médaille d'or trois années plus tard, chez les espoirs, à Val- kenburg.

Mais chez les pros, Basso avait un peu perdu son surnom, lui qui apparaissait aux yeux du grand public comme ce gentil coureur, celui qui était le dernier à pouvoir suivre, ces dernières années, Lance Armstrong sur le Tour de France et paraissait se contenter d'être dans l'ombre du Texan. Mais depuis sa prise de pouvoir sur les pentes du Passo Lanciano, lors de la 8e étape du Giro, Basso a retrouvé son surnom. Car Ivan le Terrible n'a laissé que des miettes à ses adversaires, qu'il a facilement survolés. À tel point que ce Giro s'est terminé dans un climat tendu, avec l'irritation de certains coureurs, comme Simoni. Ce dernier a accusé le maillot rose de corruption, affirmant que Basso lui avait demandé, alors qu'ils étaient en tête à deux pour la victoire dans la 20e étape, «beaucoup d'argent pour me laisser gagner»...

«Tout cela n'est que mensonge», s'est contenté de répondre Basso. «Il avait sans doute oublié de s'alimenter, sinon je ne crois pas que j'aurais pu lui prendre plus d'une minute en deux kilomètres. Mais je préfère en rester là.»

Si une enquête sera menée par la fédération italienne, Basso n'est pas du genre à alimenter les polémiques, lui qui est considéré comme un diplomate. Si l'Italie aime les champions aux fortes personnalités, les tifosi ne sont pas indifférents à Basso, qui avait ému l'an passé tout le peuple transalpin lors de sa terrible défaillance dans le Stelvio, avec le maillot rose sur le dos, avant de remporter deux étapes. Les Italiens le respectent beaucoup, pour sa gentillesse sans égale, ses propos mesurés et son respect des traditions. Basso n'hésite pas, en effet, à remercier les champions du passé. «Si je gagne bien ma vie, c'est parce que d'autres avant moi ont bâti la légende», explique-t-il.

Et il incarne aussi un personnage auquel le public peut s'identifier, lui qui est très proche de sa famille, qui aime rappeler que c'est son père, qui tient une boucherie près de Varèse, qui lui a appris les vertus du travail bien fait.

Ses qualités d'homme sérieux, qui prépare un rendez-vous avec une grande précision, il a pu les mettre à profit chez Bjarne Riise, qui lui a fait prendre conscience de ses capacités. «Ma signature chez CSC est le moment le plus important de ma carrière», n'hésite pas à affirmer Basso.

On n'est dès lors pas surpris de savoir qu'il a terminé la fête de sa première victoire dans un Grand Tour à minuit. «Je vais me relaxer ces prochains jours avec mon épouse, ma fille et mon fils Santiago, qui vient de naître; je ferai quand même du vélo tous les jours, termine le Varésan. Car je crois beaucoup au doublé Giro- Tour.»

Et avec ce qu'il a montré sur le Tour d'Italie, il sera sans conteste le grand favori de la Grande Boucle, même si Ullrich n'était qu'en phase de préparation sur le Giro et que les Landis, Valverde, Vinokourov, Popovych ou Hincapie n'étaient pas sur les routes transalpines.

© Les Sports 2006