Ses entraînements, il les effectue en noir. Un symbole. Julien Vermote (31 ans) est actuellement sans équipe alors que la saison cycliste est lancée. Il continue à "travailler comme un pro". Sauf qu’il vit actuellement sur les réserves de ses années de professionnel et qu’il a dû y puiser pour racheter son vélo de la saison 2020, pour se payer un équipement décent et pour partir en stage en Espagne.

Julien, comment restez-vous motivé malgré la situation ?

"Je suis passionné. C’est le bon mot. Je sais que ce n’est pas fini pour moi. Je ne vois pas ça comme un travail. Je bosse comme durant les 10 hivers que j’ai passé chez les pros. Si tu n’as pas de but, tu peux vite perdre les pédales."

Éprouvez-vous parfois du mal à vous lever le matin ?

"Certains jours sont plus durs que d’autres. On préfère parfois tous rester dans notre lit. Mais tu sais que si tu ne donnes pas tout, tu risques de le payer si une offre arrive."

Le temps vous paraît-il parfois long sur le vélo ?

"Parfois. Quand je suis seul, je ne dois pas trop réfléchir à ma réalité actuelle."

Même si votre situation peut vite vous prendre la tête…

"Cela me reste non-stop à l’esprit. Quand tu es sur le vélo, tu penses au fait que tu n’as pas d’équipe. Quand tu regardes ton maillot noir, tu ne vois pas de sponsor, tu ne te dis pas ‘put***’ mais tu es confronté tous les jours à la situation. Cela fait déjà quatre ou cinq mois mais je ne peux pas commencer à stresser sous peine de ne pas bien performer."

Vous avez déjà payé deux fois 3 000 euros de votre poche pour aller rouler en Espagne. C’est fou, non ?

"Il ne faut pas être dépendant d’une équipe pour évoluer. Par le passé, j’ai déjà payé mes stages en altitude. Certaines équipes te les paient, d’autres pas."

Vous êtes donc prêt à faire des sacrifices en étant à nouveau loin de votre famille mais comptez-vous aussi faire des concessions financières ?

"L’argent, ce n’est pas tout dans la vie. On a besoin d’avoir de quoi vivre mais ce n’est pas seulement ça qui rend heureux. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de salaire mais une période plus difficile peut exister. Je pourrais gagner plus avec un autre boulot. Je peux encore être pro six ou sept ans et je veux bien passer une année plus difficile pour atteindre mes objectifs à plus long terme."

Avez-vous appelé d’anciens équipiers pour un coup de main ?

"Pas vraiment. Prenez la situation de Mark Cavendish. Il était déjà content de se trouver une équipe alors qu’il est une star du cyclisme."

Vous rendre la pareille aurait été un minimum vu le nombre de coureurs qui ont profité de vos services…

"C’est un peu chacun pour soi. Tu es vite oublié aussi."

Êtes-vous toujours le Julien Vermote qui tirait seul le peloton du Tour il y a quatre ans ?

"Je suis encore plus fort car je progresse chaque année. On se souvient des moments visibles où je tirais le peloton. Mais quand j’étais derrière pour ramener le leader tout seul durant 100 km, je le faisais aussi. Et là tu n’as pas d’images."

Votre rôle est complexe. Pas de gloire quand votre équipe gagne mais des critiques quand vous perdez…

"La gloire n’est pas une obsession mais, oui, selon les équipes, on valorise les gars comme moi ou pas. Parfois, tu peux avoir tout donné et être content de ta course mais ça ne compte pas si on n’a pas gagné."

Avez-vous le souvenir d’une étape folle ?

"C’était au Giro. Pour la 100e victoire de la carrière de Mark Cavendish. Il pleuvait. J’ai commencé à tirer sur le circuit local final. L’échappée avait de l’avance et les conditions n’étaient pas simples. J’étais à bloc. Cav a écrit dans son livre qu’il voyait mes genoux trembler. J’ai tout donné jusqu’à deux kilomètres et Cav a gagné. Il m’a attendu pour me dire que j’avais fait une étape géniale. C’est la grande classe. Je n’oublierai jamais ça."

Est-ce dur de se vendre quand on a une étiquette d’équipier ?

"Oui, d’autant que je sais que je peux faire plus que ça. J’ai gagné des courses aussi. Mais j’ai cette étiquette d’équipier. J’ai quitté Quick-Step pour m’en départir. Tirer un peloton 150 kilomètres, c’est dur pour le corps et ça te transforme en diesel."

Auriez-vous voulu être un autre profil de coureur ?

"Non. J’aime bien mon gros moteur. C’est important pour les classiques. Allez, j’aurais aimé un peu plus d’explosivité."