La bannière étiolée

Cyclisme

Philippe Van Holle

Publié le

La bannière étiolée
© AP
Le vainqueur du Tour 2006 aurait subi un contrôle positif à la testostérone. Faut-il en rire ou en pleurer ?

BRUXELLES Franchement, tous ceux qui ont suivi de près ce Tour de France, ne savent plus à quels saints se vouer ! Certes, lorsque Landis avait effectué sa chevauchée fantastique sur la route de Morzine, après sa déroute, terrible, de la veille dans l’étape menant à la Toussuire, les plus anciens de la salle de presse avaient levé les sourcils en points d’interrogation !


Trop souvent, il est vrai, par le passé, avions-nous été trompés, dupés, par des tricheurs doublés de menteurs effrontés, mais fallait-il pour cela jeter le doute sur un exploit qui nous rappelait la belle époque, des Merckx, Bartali et autre Coppi ? Après tout, nous avions tous prié pour avoir un Tour dans lequel personne ne planait vraiment au-dessus du lot, avec des défaillances et des sursauts d’orgueil, avec des hommes qui souffrent vraiment dans les cols, la bouche grande ouverte pour tenter de happer le peu d’oxygène qu’il y avait encore dans la fournaise de juillet.

Alors, pour la plupart, nous avions décidé de tenter d’y croire. Oh, plus comme avant, au nom de cette sacro-sainte expérience mais en restant modérés, en appréciant les efforts de chacun, en soulignant l’ardeur de tous, petits ou grands noms. du vélo.

Y croire un peu parce que le vainqueur, somme toute, n’était pas si supérieur aux autres, juste un peu meilleur en contre-la-montre, un peu plus têtu et orgueilleux que les autres. Et puis, Landis n’avait rien d’un gamin de rue, qui se serait fait tout seul, avec l’unique volonté de réussir… par n’importe quel moyen.

Il sortait d’une famille ménnonite où le mot valeur a encore un sens : il avait été élevé au sein d’une communauté fondée sur l’amour de Dieu et le respect des autres, avec, c’est vrai, le refus de ces choses élémentaires pour nous induites par le progrès.

Le paradoxe, c’est que le dopage, de nos jours, est l’une des dérives du progrès. Landis, passé d’une petite bourgade à la mentalité stricte et figée de Pensylvanie au monde excentrique et superficiel de la Californie où il a vécu depuis l’âge de 18 ans, a-t-il perdu tous ses repères au point de franchir la limite du permis au nom de la gloire qu’apporte cette fameuse tunique jaune ?

Honnêtement, on aurait voulu croire que non ! Notre passion du sport, et pour le sport, sans jeu de mots, nous aura peut-être, encore une fois, joué… un mauvais tour ! Pour le dire crûment, avec une franchise qui, je crois, ne choquera personne, ces tricheurs nous emmerdent ! Ce sont des faussaires, des briseurs de rêves qui ne méritent pas que les gosses, les yeux écarquillés, les approchent pour leur demander une signature.

Certes, Landis n’est pas encore (tout à fait) coupable, mais si l’on fait confiance au laboratoire de Châtenay-Malabry, il n’est sans doute pas tout blanc non plus. Nous voulons cependant respecter la présomption d’innocence au nom de l’équité sportive, une notion, ici, si souvent bafouée…

Et que penser de l’attitude de l’UCI qui, par le passé, s’est généralement abstenue de communiquer sur un cas de dopage, avant qu’il ne soit avéré, après l’analyse de l’échantillon B ? Cette fois, on a parlé d’un résultat de première analyse anormal, avant de dire qu’on ne dirait plus rien avant la seconde analyse. Étrange démarche qui a poussé tous les journalistes du monde à tenter d’en savoir plus sur le fautif (éventuel). On ne peut, dans ce contexte précis, s’empêcher de penser à la guerre ouverte qui oppose l’UCI aux organisateurs de grands Tours, lesquels remettent de plus en plus en cause le ProTour et la compétence de l’organisme supérieur international. Cette annonce vient au plus mauvais moment. Enfin, ça dépend pour qui. Un bien, un mal pour le cyclisme ? On ne sait vraiment plus. Ce soir, surtout, on a presque envie de pleurer…

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