Tour de Belgique
Après une course parfaite, le Néerlandais a enlevé un premier grand succès qui en appelle d'autres

PUTTE Derrière le podium, tandis que la foule se massait en nombre pour saluer une dernière fois les principaux acteurs du Tour de Belgique, Maarten Tjallingii n'a pu retenir ses larmes de bonheur. Dans les bras de sa fiancée, Petra, le jeune Néerlandais a laissé libre cours à son émotion, à tous les sentiments qui, depuis sa formidable et surprenante prise de pouvoir à Ostende, mercredi dernier, avaient souvent menacé de le submerger.

Tandis que, au terme d'une dernière étape marquée par la fugue de Kevin Neyrinck, puis par celle d'un quintet (Neyrinck, repris par Hammond, Vercammen, Van Mingerhoet et Van Braeckel), Gert Steegmans savourait, lui, le bonheur d'avoir battu Tom Boonen dans un sprint, ce qui lui avait permis tout à la fois de conquérir sa cinquième victoire de la saison et de sauver l'honneur de son équipe sur l'épreuve, le coureur de Skil-Shimano a commencé à mesurer l'étendue de ce qui lui arrivait depuis quatre jours.

On savait, depuis la veille, que sauf énorme surprise, la victoire se jouerait entre Maarten Tjallingii et Sébastien Rosseler. L'étape reine de samedi, Londerzeel-Huy, avait été gagnée par le surprenant mais prometteur Niki Terpstra. Un espoir néerlandais de 22 ans (excellent pistier mais aussi formidable routier) qui se permit le luxe de dominer dans la finale des castards comme Nuyens, Van den Broeck, Van Impe, Sijmens ou le malheureux Leukemans qui préférèrent se saborder plutôt que de tirer les marrons du feu pour un autre.

Sur les bosses ardennaises, empruntées à la Flèche Wallonne, le Mur de Huy ou la côte d'Ahin, Rosseler attaqua deux fois sérieusement le leader du classement mais Tjallingii répliqua avec autorité. En profitant de cette passe d'armes pour se défaire de Tom Boonen, le coureur d'Arnhem allait même faire preuve d'une maturité et d'une lecture de course très étonnantes chez un coureur qui découvre à peine le haut niveau mais dont on peut être certain qu'il ne s'arrêtera pas en chemin. «Je ne sais pas ce que sera mon avenir», expliquait Tjallingii. «Je rêve du ProTour mais je pourrais rester aussi dans mon équipe. Je vais en parler demain (lundi) à mon manager.»

Ce qui est certain, c'est que plus rien ne sera comme avant pour le Frison qui est même parvenu à impressionner Tom Boonen en personne, par sa manière de courir et ses qualités physiques et mentales. «Jusqu'ici, le cyclisme a été mon hobby; maintenant, je vais vraiment en faire ma profession», disait encore Tjallingii. «Mon père est professeur de biologie et ma mère, éducatrice. Mon grand-père, qui vient de fêter son 97 e anniversaire la semaine passée, répète toujours qu'un sportif dans la famille, ce n'est pas possible...»

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