Sept ans qu'un champion du monde n'est pas sorti du Tour d'Espagne. Pourquoi ?

ENVOYé SPECIAL EN ALLEMAGNE ERIC DE FALLEUR

STUTTGART Romans Vainsteins est le dernier coureur à être monté sur la plus haute marche du podium d'un Championnat du Monde, alors qu'il ne sortait pas de la Vuelta. C'était à Plouay, il y a sept ans déjà. Depuis, les six champions suivants, mais aussi la plupart de ceux qui montèrent à leur côté sur les podiums respectifs, voire qui se classèrent parmi les dix premiers des mondiaux, avaient tous pris le départ (mais n'étaient pas nécessairement arrivés à Madrid, trois semaines plus tard) du Tour d'Espagne.

Le petit tableau ci-contre en est l'illustration évidente. La Vuelta est manifestement devenu le point de passage obligé pour effectuer, dans la foulée, un bon Mondial et cela encore plus depuis que, il y a trois ans, le calendrier a encore rapproché la fin du grand tour de l'épreuve arc-en-ciel . De quatorze jours jusqu'alors, il n'y en a plus que sept depuis 2004 et il est donc plus facile, dès lors, de bénéficier des effets bénéfiques de la Vuelta.

"En venant d'Espagne, on a neuf chances sur dix d'être en forme , explique Philippe Gilbert, qui découvrait cette année la course espagnole. On en a une sur deux dans le cas contraire, c'est ce que m'a dit Carlo Bomans et j'espère qu'il a raison."

Les chiffres plaident en cette faveur, mais n'est-ce pas la mode qui conduit de plus en plus les principaux coureurs à passer par l'Espagne pour se préparer à l'épreuve arc-en-ciel ? "J'ai trouvé que courir la Vuelta est un plus , dit Gilbert. Vous faites des efforts pendant trois semaines, vous êtes massés tous les soirs, soignés, vous n'avez que la course à penser et les conditions météos sont excellentes. Alors qu'il y avait du soleil et 25 degrés en Espagne, il en faisait dix de moins chez nous où il pleuvait."

Certains en rajoutent même, comme Stefan Schumacher, qui sera dimanche l'un des principaux favoris, et qui, plusieurs fois, a rallongé les étapes de la Vuelta par des sorties derrière la voiture de son équipe. Pourtant, l'Allemand n'a pas vu Madrid. "Ce n'est même pas nécessaire d'abandonner comme l'ont fait Bettini ou Schumacher (ou voulait le faire Freire avant que sa blessure à la selle ne l'y contraigne), dit Alain Deloeil, le directeur sportif de Cofidis. Les derniers jours, il y avait un chrono de vingt kilomètres et une étape de cent bornes. Bettini il a sûrement roulé cent kilomètres dimanche dernier."

Le risque est de décompresser, essentiellement mentalement, entre l'arrivée à Madrid et le Mondial. "Si dans la semaine qui suit vous continuez à être sérieux et à faire attention, vous marchez ensuite" , poursuit Deloeil. Une affirmation partagée par Koos Morenhout, le lieutenant de Denis Menchov sur la Vuelta et qui sera, dimanche, un des fers de lance de l'équipe des Pays-Bas. "Sur un grand tour, comme la Vuelta, qui n'est quand même pas aussi dur que le Tour, vous faites des efforts intensifs pendant trois semaines , dit le champion néerlandais. À cette époque de la saison, où la motivation fait défaut, c'est impossible de faire cela à l'entraînement."



© La Dernière Heure 2007