Tadej Pogacar ne laisse rien à personne : après avoir remporté l'UAE Tour (course très importante pour son équipe, UAE Team Emirates), le Slovène a enchaîné en remportant les Strade Bianche et Tirreno-Adriatico. Les points communs entre ces trois succès ? À chaque fois, Pogacar a semblé joué avec les pédales et réduit la concurrence à peau de chagrin. Que ce soit avec un solo de 50 km, en accélérant dans le Monte Carpegna ou lors de sprints en côte, le Slovène est maître de son sujet.

Une suprématie depuis le début de saison qui hisse le Slovène au statut de favori de Milan-Sanremo. Mais le double vainqueur du Tour de France ne se met pas trop la pression : "Je n'ai pas assez de mes deux mains pour compter le nombre de favoris qui se présenteront au départ de Milan-Sanremo", a-t-il expliqué, lui qui va disputer sa deuxième Primavera, après sa douzième place en 2020.

Reste qu'après avoir ridiculisé la concurrence sur les Strade Bianche, le nom de Pogacar ressort plus souvent que d'autres, au même titre que Wout van Aert et Caleb Ewan, au moment de citer les grands favoris de ce samedi : "Tout le monde pense que je peux gagner, mais Milan-Sanremo est une autre course. Les sprinteurs peuvent l'emporter, les grimpeurs aussi. C'est une des courses les plus faciles à rouler mais les plus dures à remporter", explique celui qui avait attaqué à 50 kilomètres de l'arrivée pour s'imposer aux Strade Bianche, "on ne peut pas comparer les deux courses. Là, il faut un peu de chance sur les chemins empierrés. Les Strade BIanche sont davantage pour les coureurs qui peuvent grimper 10 à 15 minutes. Sur Milan-Sanremo, il n'y a que la Cipressa qui n'est pas très raide et le Poggio, mais c'est seulement un effort de six minutes. Ce sera difficile de l'emporter. Tout ceux qui seront en forme passeront le Poggio et ensuite, ce sera un sprint ou quelqu'un pourra s'échapper et gagner en solitaire."

"Peu probable que j'attaque dans la Cipressa"

Outre sa domination sur le peloton actuel, le Slovène impressionne également pour ses tactiques offensives. De quoi faire rêver d'une attaque lointaine de Pogacar sur Milan-Sanremo ? Le Slovène n'y croit pas trop même s'il ne dévoile pas encore toutes ses cartes : "Réaliser un nouveau numéro en solitaire ? Ce serait bien mais cela me semble difficile de gagner après une attaque de loin. Je pourrais peut-être essayer sur la Cipressa (dont le sommet est à 20 km de l'arrivée), mais cela me semble peu probable."

Reste que si le Slovène attaque de loin, tous les favoris devront réagir pour ne pas se faire piéger. Et on aurait droit à une course de mouvement comme c'est devenu très rarement le cas sur Milan-Sanremo ces dernières années. Si ce n'est pas le cas, la grande question sera de savoir qui pourra le suivre sur les flancs du Poggio, le juge de paix de la Primavera et ses 3,5 km à 3,8%. "Je ne pense pas que je suis imbattable. Je ne le pense jamais", estime Pogacar, "j'ai bien débuté la saison, mieux que prévu. Mes attentes sont un peu plus basses que les résultats obtenus. Même quand j'attaque, je m'attends toujours à ce que les autres me rattrapent, m'attaquent et me lâchent. Je reste prudent et je ne sous-estime personne."

Car si Pogacar réalise le début de saison parfait, il estime ne pas être encore au sommet de sa forme : "Je suis dans la même forme que l'an dernier, mais ce n'est pas ma meilleure forme. Je ne suis pas encore aussi bien que sur le Tour de France, mais je n'en suis pas loin non plus. J'espère encore perdre un petit kilo d'ici Liège-Bastogne-Liège. Nous verrons bien si je peux conserver cette forme d'ici là."

Mais si le Slovène venait à remporter Milan-Sanremo, il assénerait un nouveau coup au moral de ses adversaires et notamment Wout van Aert, en vue du prochain Tour des Flandres, où il s'alignera pour la première fois... Mais déjà dans la peau d'un des grands favoris.