Le coach national se sent impuissant

ANVERS On ne présente plus Michel Vaarten. Médaillé d'argent aux Jeux Olympiques, dans le kilomètre, champion du monde de keirin, une discipline où il tint tête aux meilleurs alors qu'il évoluait au Japon, on peut difficilement trouver meilleur coach pour nos pistiers.
Pourtant, l'équipe qui, cette semaine, se présente sur la ligne de départ des Championnats du Monde d'Anvers, ne devrait guère être à la fête.
Sinon, peut-être, celle d'être simplement là, ce qui, vu les circonstances, n'est déjà pas si mal. Grandeur et décadence, diront certains, lorsqu'ils se remémoreront les derniers Championnats du Monde organisés à Deurne. C'était en 69, et les Belges avaient raflé quatre médailles: deux d'or, avec Patrick Sercu en vitesse et Ferdinand Bracke en poursuite, et deux d'argent, avec Robert Van Lancker, dauphin de Sercu, et Théo Verschueren, en demi-fond.
C'est une équipe belge très jeune qui s'aligne à Anvers. Mis à part le routiné Gilmore, qui pourrait bien nous réserver une (bonne) surprise cette semaine? Même les noms que nous nous étions habitués à retrouver dans les (fonds de) classements des six jours, comme Corvers ou Lapage, ne sont pas dans la liste des sélectionnés pour ce Mondial. Et, en plus, Gilmore a perdu son compagnon argenté des derniers JO, Etienne De Wilde. "Je ne pouvais décemment plus reprendre Etienne dans mon choix, explique Vaarten. A 43 ans, le natif de Wetteren est usé. Il faut avoir le courage de le dire. Il a certes rendu d'énormes services au cyclisme belge mais, aujourd'hui, il faut tourner la page. C'est dans cette démarche aussi que j'ai oublié les Corvers, Lapage et compagnie. Puisqu'on la tournait, cette page, autant faire confiance à la jeunesse!"

Mais dans un pays en plein marasme au niveau des compétitions sur piste, il est bien difficile de faire démarrer des jeunes. "Pour tout vous dire, enchaîne Vaarten, voici quelques mois, je me suis vraiment demandé si nous allions pouvoir être représentés à nos Championnats du Monde car nous n'étions nulle part. Nous avons dû repartir de zéro, ou presque. Et cela sans véritables moyens. Aujour- d'hui, cependant, je ne suis pas peu fier de porter sur les fonts baptismaux cette formation que je trouve pleine de courage et de culot. Car il en faut pour oser se mesurer aux meilleures formations mondiales, des rouleaux compresseurs comme la France ou l'Allemagne. En plus, certains de ces jeunes ont vraiment du talent mais il faudra prendre le temps de le peaufiner, de le choyer, de l'entraîner."

Un coup dans l'eau, ces championnats à Anvers

Toute la question est là: aura-t-il le temps de faire monter ces jeunes en puissance? Le coach national fait preuve d'une grande sincérité devant la presse. "La ligue est certes derrière nous mais ce n'est pas suffisant. Pour que le bateau tienne le cap, il faudrait que le cyclisme sur piste soit sponsorisé par la Région flamande." Il regarde alors les journalistes francophones, comme pour s'excuser. En cyclisme aussi, on en arrive à scinder les initiatives "Le mieux, évidemment, rectifie Vaarten, serait d'avoir recours au sponsoring privé. Mais la piste est moribonde chez nous. Qui se hasarderait à financer des coureurs qu'on ne voit pratiquement qu'une fois par an à la télévision, lors du Mondial précisément? Le nerf de la guerre, c'est l'argent, comme toujours. Pas d'argent, pas d'équipe de valeur." Nous avons ainsi appris, par la bande, que le vélo d'Ingeborg Marx, un Merckx, ne serait prêt que juste avant le début des championnats et qu'elle n'aurait pratiquement pas le temps de s'entraîner avec cette machine avant le début des hostilités En outre, Marx a payé sa bécane de ses propres deniers. Un comble quand même lorsqu'on est sélectionné par son pays pour la plus haute compétition existante, qui plus est organisée sur son territoire! Michel Vaarten baisse la tête. "Je me demande si la mise sur pied de ce Mondial et la formation de cette jeune équipe ne seront pas un coup dans l'eau. D'accord, nous avons bien été aidés financièrement par la RLVB pour cette occasion mais, pour la suite, nous sommes dans le flou le plus total. Rien n'a été prévu. Y aura-t-il seulement un avenir?"

La situation de la piste en Belgique, vous l'aurez compris, reste très préoccupante. Ce Mondial ne sera-t-il donc que de la poudre aux yeux lancée, à Anvers, à l'adresse des nostalgiques de six jours un temps si populaires? Sans doute. Il est bien difficile d'aller contre le cours des choses. "Tant que l'on distribuera des sommes folles aux routiers et qu'on réservera les miettes aux pistiers, les jeunes mordus de vélo auront vite fait leur choix. Et sans compétiteurs, il n'y a pas de compétitions," conclut Vaarten.
Le cercle est terriblement vicieux