Blessé, l'Anversois n'est pas de la partie à Stuttgart, mais il a son avis sur la course des Belges

STUTTGART Tout d'abord, Tom, comment va la santé, puisque vous avez dû renoncer à ce Mondial après cette chute au Tour d'Espagne ?

"Franchement, cela va chaque jour un peu mieux. Il fallait surtout que je me repose. M'aligner au Championnat du Monde n'aurait pas été raisonnable. Je ne voulais pas hypothéquer ma prochaine saison pour le seul plaisir de disputer une course supplémentaire. Il s'agit certes d'une épreuve que j'adore (et j'aimerais être encore une fois champion du monde dans les années à venir), mais j'ai pour habitude de toujours bien évaluer le pour et le contre avant de prendre une décision."

Pensez-vous que, même sans votre présence, les Belges ont une chan- ce de se distinguer ?

"Certainement. Nous avons quelques coureurs qui sont en très bonne forme. En commençant par Philippe Gilbert. Je l'ai vu à l'oeuvre en Espagne et il y était déjà impressionnant. Je crois qu'il n'a fait que monter en puissance pour ce Championnat. Philippe est un attaquant né. Je suis persuadé qu'il tentera sa chance et, comme il sent très bien la course, tout est possible. Maxime Monfort, avec la condition qui lui a permis d'obtenir cette belle 11e place à la Vuelta, devrait lui aussi avoir un rôle en vue dans l'équipe. De même que Van Goolen, qui est très affûté. Quant à Devolder, il faudra voir comment se porte son genou mais je suppose que s'il a accepté sa sélection, c'est parce qu'il nourrit certaines ambitions."

Parlons un peu de vous. Votre intersaison a été quelque peu perturbée par votre séparation avec Lore, votre compagne.

"C'est vrai que j'ai eu des problèmes dans ma vie privée mais cela arrive à tout le monde, non ? Je ne dis pas que cela n'a pas été une époque difficile à vivre, mais bon, on ne peut pas dire non plus que je sois sorti complètement cassé de ce douloureux épisode."

Dans ce contexte, votre déménagement à Monaco n'a sans doute pas arrangé les choses...

"C'est vrai mais ce ne fut qu'une partie du problème. Du reste, je ne crois pas que je vais pouvoir vivre longtemps à Monte Carlo. Voici deux ans, quand je m'y suis expatrié, c'était absolument nécessaire; il régnait une sorte de Boonenmania en Flandres qui était devenue difficile à gérer. J'étais devenu un produit que tout le monde voulait. Je ne pense pas que devenir à ce point connu soit viable pour quelqu'un comme moi. En tout cas, je ne le vivais pas bien. Au début, j'ai apprécié Monaco. Le changement, le bon temps... Mais je suis quelqu'un qui accorde beaucoup d'importance à la vie en société. Or je ne peux pas toujours emmener mes amis à Monaco quand j'ai envie d'être avec eux. En conséquence, je ne pense pas que je vais supporter cette situation encore très longtemps."

Passons à votre saison, ce ne fut pas votre meilleure campagne depuis que vous êtes pro, loin de là même.

"J'ai quand même gagné quelques belles courses, dont le Grand Prix de l'E3 pour la quatrième fois. Au Tour des Flandres, je suis tombé et j'ai vraiment passé une sale journée. J'avais mal partout, je n'étais pas bien sur mon vélo. Le Ronde, c'est la guerre. Quand vous le courez, vous ne devez penser qu'à gagner; or j'avais plein d'autres choses dans la tête à cause de cette chute. C'est pourquoi j'ai aussi mal couru tactiquement, notamment en attaquant dans le Mur, avant d'exploser. Lorsque Ballan m'a dépassé dans la finale, j'ai su que c'était fini pour moi."

À Paris-Roubaix, vous étiez plutôt bien, mais peut-être pas assez entouré...

"Ah, Roubaix, celle-là, il faudra vraiment que je la gagne une deuxième fois. J'avais les jambes, cette année, pour le faire mais je me trouvais sans doute un peu trop derrière lorsque la course s'est emballée. Peter Van Petegem n'était pas dans sa meilleure condition et cela, en effet, ne m'a pas aidé. J'ai consenti trop tôt certains efforts qu'il aurait dû produire lui-même s'il s'était senti mieux. Mais bon, je ne reproche rien à personne, on a beau faire tout ce qu'il faut, la forme ne vient pas forcément comme ça, le jour voulu."

Un peu plus tôt dans la saison, on vous attendait déjà à Milan-Sanremo mais, une fois encore, la victoire n'était pas au rendez-vous.

"Et pourtant c'est une course qui me plaît. J'irai même jusqu'à affirmer que je la disputerai chaque saison, avec la même envie, jusqu'à la fin de ma carrière. Je crois que c'est une course qui se gagne aussi à l'expérience, parce que, durant les 300 km, on ne doit pas faire une seule erreur ! Le Poggio et la Cipressa ne me font pas peur, je pense seulement que je dois m'améliorer dans la préparation du sprint. Il faut que me place bien et que je décide d'accélérer au bon moment, après avoir pris la bonne roue. Vous voyez, aucune erreur permise ! En fin de compte, je n'ai jamais disputé que 4 Milan-Sanremo. La Primavera, c'est un peu comme une très belle femme qu'on tente de séduire. Une femme qui ne se laisse pas faire. C'est un challenge."

En définitive, votre plus beau fleuron, cette année, aura été le maillot vert décroché au Tour. Pourtant, la Grande Boucle est loin d'être votre épreuve favorite.

"C'est vrai, car, le Tour, c'est trois semaines d'un stress fou. Un stress qui commence même déjà des mois avant qu'il ne débute. Vous n'imaginez pas la débauche d'énergie que cela implique pour les coureurs. Après le Tour, et le gain de ce maillot vert, j'ai même eu des problèmes pour retrouver ma motivation. Ainsi, je suis parti dans les Ardennes avec mon vélo dans le but de m'entraîner, mais ma bécane est restée dans le coffre. Oui, le Tour, c'est vraiment une drôle de bête, une machine infernale; mais si on n'y participe, on sent tout de suite qu'il nous manque. Ce maillot vert, je suis plutôt fier de l'avoir endossé à Paris. On avait tellement dit et écrit de choses à ce propos, c'était comme si je ne pouvais que le gagner. Avant même que je l'enfile pour la première fois, des T-shirt verts à mon noms avaient déjà été imprimés, vendus et portés ! Pour moi, la conquête de ce maillot est la preuve que j'ai évolué dans ma manière de courir."

Certains ont prétendu que le sprint n'était qu'un passage obligé dans votre carrière, que vous alliez finir par l'abandonner pour vous concentrer sur les classiques, et ce d'autant que vous n'êtes pas ce qu'on peut appeler un pur sprinter.

"Ah, de la blague tout ça ! On battrait Freire et Petacchi plus de 25 fois sans être un vrai sprinter alors ? Les gens aiment bien vous coller une étiquette. Moi, je prétends que je veux continuer à gagner des classiques et des sprints massifs dans les grandes épreuves à étapes. Je ne suis pas près d'abandonner le sprint; ça me procure trop de sensations !"

Cette saison, vous n'avez pas été épargné par les chutes.

"C'est vrai mais, dans mon malheur, j'ai (à chaque fois) encore eu de la chance, car les conséquences de ces chutes auraient pu être beaucoup plus graves. Au Tour des Flandres, par exemple, j'aurai très bien pu me casser le poignet. Lors de ma chute à l'entraînement avant le Tour, c'est le tibia qui aurait pu être fracturé et, dernièrement, à la Vuelta, mon dos aurait pu en prendre un fameux coup. Donc, l'un dans l'autre, je m'en suis encore bien tiré. Certains coureurs tombent une quinzaine de fois par saison, on n'en parle que peu, moi, si je me foule le petit doigt, c'est dans le journal le lendemain !"

Enfin, sans que le phénomène vous ait personnellement touché, cette année 2007 fut aussi minée par les nombreuses affaires de dopage...

"Cela a commencé avec les accusations contre Patrick (Lefevere) et contre l'équipe. Ensuite, au Tour de France, les affaires se sont succédé. On arrivait, crevé, au sommet d'une montagne et on nous fourrait un micro sous le nez pour nous poser des questions sur le dopage; c'en devenait presque inhumain."

Pourtant, vous ne vous êtes pas privé pour critiquer certains collègues, tel Vinokourov.

"C'est vrai; peut-être ai-je même été trop loin. Si je veux vivre tranquille, je ferais peut-être mieux de l'ouvrir moins à l'avenir. Sur Vino, je me suis laissé aller mais je l'ai regretté le lendemain quand j'ai vu que je faisais la une des journaux avec ça. On vit dans un monde malsain et il vaut mieux, quand on est sous les feux de la rampe, tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de s'exprimer. Je suis contre le dopage mais je me demande où est exactement le mal. On parle de tromperie mais les gens se trompent à tour de bras dans ce monde. Dans le sport, il faut être un sain, exempt de tout reproche. Ne me comprenez pas mal, je suis enchanté de constater que les contrôles sont efficaces, à un point tel que l'on peut à nouveau exercer notre métier de manière sûre et saine."



© La Dernière Heure 2007