La Grande Boucle envisage de réduire le nombre de coureurs par équipe l’an prochain. Qu’en pense le peloton ?

BRUXELLES Lors de la présentation du Tour de France 2013, Christian Prudhomme, le patron de la Grande Boucle , avait laissé entendre qu’il envisageait de réduire le nombre de coureurs par équipe, qui passerait de neuf représentants à huit. “Dans l’absolu, on ne se plaindrait pas d’avoir un coureur de moins dans chaque équipe, d’abord pour une question de sécurité, ensuite pour que la course soit un peu moins cadenassée” , déclarait-il.

Cette idée est actuellement étudiée de l’Union cycliste internationale, afin de proposer des courses avec plus de spectacles, moins cadenassées ou moins contrôlées par une même équipe, comme a, par exemple, pu le faire l’armada Sky sur la dernière édition.

Ce n’est donc pas encore fait, mais nous avons effectué un petit sondage au sein de quelques acteurs du peloton. Qu’en pensent-ils ?

“Ce qui est certain, c’est qu’avec un coureur en moins, la course sera beaucoup plus dure à contrôler” , avance, d’emblée, Valério Piva, directeur sportif du numéro 1 mondial, Joaquin Rodriguez, chez Katusha. “Surtout pour les équipes qui visent le classement général. Elles devront être beaucoup plus vigilantes, car la course serait plus ouverte et il faudrait surveiller les échappées dangereuses sans trop user ses coureurs. La course serait donc plus spectaculaire, ce qui pourrait être plus intéressant. Car autour du leader, il n’y aurait que sept hommes si ceux-ci n’ont pas d’autres objectifs, comme les sprinters. Et ce ne serait pas évident si une équipe doit contrôler le peloton durant plusieurs jours. Donc, je pense que ce serait pas mal pour le spectacle, même si la course serait aussi peut-être plus longue à démarrer, car tout le monde ne voudra pas rater l’échappée. Mais en tant que directeur sportif de Joaquin Rodriguez chez Katusha, qui peut viser la victoire sur un Grand Tour, j’espère que cela ne se fera pas, car il a besoin d’une équipe complète derrière lui !”

Herman Frison, son collègue chez Lotto-Belisol, craint également cette petite réforme. “Pour nous, ce ne serait vraiment pas une bonne affaire” , raconte celui qui dirige Jurgen Van den Broeck sur la Grande Boucle . “Étant donné que notre équipe a la particularité de miser sur plusieurs tableaux au Tour de France. Avec VDB pour le classement général et avec André Greipel pour les sprints. Sachant que nous avons besoin de deux à trois coureurs pour former un train pour les sprints, qu’il faut des gars pour tirer le peloton pour favoriser une arrivée massive et qu’un leader pour le général comme Van den Broeck a aussi besoin de plusieurs coureurs à ses côtés, un homme en moins au départ du Tour, cela serait très dur à gérer. Et si on perd un coureur sur chute en début de Tour ou si un de nos gars est malade, ce serait très compliqué à six ou à sept.”

Maxime Monfort, spécialiste des épreuves par étapes, confirme que la tâche serait plus dure pour les équipes. “Avec un gars en moins au départ, on n’aurait vraiment plus le droit à l’erreur” , raconte le Nadrinois. “Si une équipe perd rapidement un homme sur chute durant la première semaine, cela serait plus compliqué car, sur les trois semaines d’un Grand Tour, ensuite, il y a souvent un gars qui est malade ou moins bien et ne peut plus travailler pour l’équipe . Même si, sur le fond, je ne suis pas persuadé que cela changerait énormément, car il n’y aurait pas de grands leaders en plus.”

Et puis, pour rappel, Sky a gagné le Tour cette année à… huit, puisque la formation britannique articulée autour de Bradley Wiggins avait rapidement perdu un homme sur chute : le Biélorusse Sioutsou, qui avait abandonné lors de la 3e étape.



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