Il y a les retours réussis à la Vino et ceux qui ne reviennent jamais

BRUXELLES Mardi après-midi, dans le Namurois. Un cyclosportif d’habitude très prolixe sur les grandes classiques évite cette fois vite le sujet de la Doyenne. “J’ai eu la nausée en comprenant que Vinokourov allait s’imposer” , déclare-t-il.

Le ton est donné. Si le Kazakh a certes purgé sa peine, le cyclisme a tellement souffert cette dernière décennie que les amateurs de ce sport ne pardonnent plus ceux qui ont sali son image.

Pourtant, ceux qui sont tombés pour dopage ne sont pas tous logés à la même enseigne. Vino a été pris la main dans le sac de l’artillerie lourde du dopage et est revenu dans une des plus grandes équipes du monde… Soit celle qui avait été construite pour lui. Son copain d’époque et collègue dans les manipulations sanguines, Kaschechkin, avec qui il s’est brouillé depuis, lui, n’a pas retrouvé d’équipe. Hormis le team national du Kazakhstan, avec lequel il avait pris part au dernier Mondial du chrono (24e).

Une différence de traitement très récurrente ces dernières années. Prenons l’affaire Puerto qui n’a malheureusement pas livré tous ses secrets, ni ses répercussions dans d’autres sports, plus frileux à faire le ménage que le vélo. Jan Ullrich est tombé et ne s’en est jamais relevé. Au contraire d’Ivan Basso, revenu dans les plus grandes équipes (quelques mois chez Discovery Channel avant d’être suspendu, Liquigas ensuite), flirtant à nouveau avec les podiums des Grands Tours (4e de la Vuelta et 5e du Giro 2009), mais à un niveau qui n’est cependant plus celui de 2006.

Autre différence de traitement dans cet épineux dossier : Jorg Jacksche a avoué et a cumulé les accusations. Michele Scarponi a lui aussi avoué et collaboré avec la justice, sans trop s’épancher dans les médias. Résultat : l’Autrichien est sans équipe depuis 2007 et l’Italien a pu rapidement retrouver sa place, à l’échelon continental, tout en décrochant des succès d’envergure (deux étapes du Giro, Tirreno-Adriatico 2009…).

Tandis que les espagnols Sevilla et Mancebo militent depuis à un obscur échelon (comme Landis), décrochant de nombreux résultats en… Amérique du Sud et que les allemands Kessler et Sinkewitz (testostérone et EPO sur le Tour), ont vu leur come-back échouer.

Si ces éléments ne sont pas exhaustifs, ils permettent de conclure que pour revenir après une affaire de dopage, il faut, en plus d’une énorme force de caractère, faire amende honorable comme l’a fait David Millar. Ou avoir un nom, des relations et ne pas trop accuser le milieu.

Soit le profil de Riccardo Ricco, qui recourt depuis le 18 mars et vient déjà de décrocher trois victoires : deux étapes de la Semaine Lombarde et une du Tour du Trentin, où il termine 2e du classement final (derrière Vino et devant Scarponi 4e et Basso 5e…).

Sauf que Riccardo Ricco n’était pas trop apprécié dans le peloton pour ses déclarations à l’époque et est actuellement coincé dans la petite formation Ceramica Flaminia, non invitée au Giro. Il faudra voir si l’avalanche de ses succès ne va pas convaincre une grande armada de le recruter…



© La Dernière Heure 2010