Jai Hindley savait qu’il devait réaliser le contre-la-montre de sa vie s’il voulait résister à Tao Geoghegan Hart et conserver son maillot rose, conquis à Sestrières pour seulement 86 centièmes de seconde. L’Australien de 24 ans n’a pas démérité mais il semblait clair, après seulement cinq kilomètres, que le miracle ne se produirait pas pour ce poids plume pas vraiment rompu à l’exercice solitaire. "J’ai vraiment tout donné, je ne pouvais pas faire plus", a assuré le coureur Sunweb tout en concédant que c’était "très difficile à accepter de ne pas être en rose".

À l’inverse de Jai Hindley, Tao Geoghegan Hart a sorti, quant à lui, le chrono qu’il fallait pour remporter la plus belle victoire de sa carrière. Le Britannique de 25 ans a terminé à la treizième place, ce qui constitue de très loin sa meilleure performance de la saison en contre-la-montre. "C’est un sentiment bizarre en fait, pour être honnête. Je savais que j’avais quelques secondes d’avance sur Jai Hindley. J’ai compris que cela sentait bon quand, dans les derniers virages, mon directeur sportif m’a dit de ne prendre aucun risque", a détaillé le Londonien après l’arrivée.

Tao Geoghegan Hart a rapidement tué l’énorme suspense qui régnait au départ de cette dernière étape pour s’imposer avec 39 secondes d’avance sur Jai Hindley. Le record du plus faible écart entre un vainqueur du Giro et son dauphin, onze secondes à l’avantage de Fiorenzo Magni en 1948, a encore de beaux jours devant lui.

La marge, finalement plutôt confortable, dont dispose le coureur Ineos au terme de ce 103e Tour d’Italie légitime, presque à elle seule, le succès de Tao Geoghegan Hart. Même si le principal intéressé avait du mal à réaliser, sur le coup, la portée de sa performance. "Dans mes rêves, je n’avais jamais imaginé que je pourrais gagner ce Giro au départ de la Sicile. Je pensais peut-être faire un top 5 ou un top 10. Remporter le Giro, c’est un rêve de fou", s’est réjoui le Londonien.

En s’imposant à Milan, Tao Geoghegan Hart a offert au Royaume-Uni son onzième Grand Tour depuis 2011. Alors que les sujets de sa majesté n’avaient jamais réussi à en remporter un seul avant le succès de Chris Froome sur le Tour d’Espagne, il y a neuf ans (NdlR : le "Kenyan blanc" a remporté la 66e édition de la Vuelta sur tapis vert suite au déclassement de Juan José Cobo). Tao Geoghegan Hart relance de cette manière la dynamique britannique sur les Grands Tours, sérieusement mise à mal par les malheurs conjugués de Chris Froome et de Geraint Thomas. Le Londonien aura désormais la lourde tâche de prendre la succession de ces deux champions.