Tom Boonen aborde son dernier Mondial en pleine confiance.

Si le statut d’un coureur à la veille d’un grand rendez-vous se mesure à l’attention médiatique qui lui est portée, Tom Boonen fait alors incontestablement figure de favori pour son dernier Championnat du Monde, dimanche à Doha. Etats-Unis, France, Angleterre, Italie, Pays-Bas et bien évidemment Belgique : la presse internationale avait envahi en nombre l’atrium de l’hôtel Melia pour assister à la conférence de presse de Monsieur Qatar .

"Lorsque le sélectionneur est venu me signaler qu’il me faudrait m’exprimer en anglais car de nombreux médias étrangers s’étaient déplacés, je l’ai fixé d’un regard circonspect", souriait le quadruple vainqueur de Paris-Roubaix. "Il y a quelques jours encore, on nous présentait tout au plus comme des outsiders et nous voilà dans la peau d’un favori. Qu’est-ce qui, donc, à tellement changé en si peu de temps (rires) ?"

Le visage taillé à la serpe comme avant chacun de ses grands objectifs, Tom Boonen échange sans langue de bois, concluant l’essentiel de ses réponses d’un sourire qui traduit son bonheur d’être là.

"C’est mon dernier Championnat du Monde, l’ultime fois que j’évolue sous ce maillot de l’équipe nationale que j’ai toujours adoré porter. J’aime le patriotisme qui s’en dégage. Cela veut donc dire que c’est aussi ma dernière chance de décrocher à nouveau l’arc-en-ciel. Ce sera tout ou rien pour moi. Sauf dans des circonstances de course très particulières, je ne me contenterai pas d’une deuxième place. Ce sera tout ou rien. Je ne suis pourtant pas spécialement nerveux à l’approche de cette échéance, je ne l’ai d’ailleurs jamais vraiment été avant un Mondial. La course est longue, la tension monte petit à petit à mesure que les tours s’égrènent. Mais je ne suis jamais nerveux quand je sais que je suis bien (sourire). "

La décontraction du champion du monde de Madrid traduit donc une réelle foi en ses moyens et un tracé qu’il est convaincu de pouvoir exploiter.

"Qui est mon favori ? Je mise sur moi-même (rires)… Je suis convaincu que le parcours est assez difficile que pour y faire la différence. Ce n’est un secret pour personne : la boucle dans le désert sera un endroit stratégique pour nous, Belges. Nous devrons y durcir la course car, comme Greg (NdlR: Van Avermaet), je ne peux pas me permettre d’attendre un sprint de plus de cent coureurs. Il n’y a pas nécessairement besoin de beaucoup de vent pour pouvoir mettre sur pied un coup de bordure. Même si cela ne souffle pas à plus de 10km/h, cela peut être suffisant. Le Qatar est très particulier et ce qui vaut ici, n’est pas toujours vrai ailleurs. Nous sommes ici pratiquement sur une île où aucun élément naturel n’offre d’abri. Nous n’avons pas d’autre choix que de déclencher une bataille où ce sera du chacun pour soi. Lorsque vous vous retrouvez dans un éventail, il n’y a plus de leader, d’équipier, de sprinter ou de rouleur : chacun n’a alors plus d’autre choix que de se livrer totalement sous peine d’être lâché. Il n’est pas possible de se cacher ou de s’économiser dans un tel contexte. Le peloton va exploser en multiples morceaux et certains ne reverront plus la tête de course. Nous devons fatiguer la concurrence, il n’y a pas d’autre option possible. Je ne vois pas plus de 50 % des sprinters disputer la finale car ce Mondial sera très différent d’une étape du Tour par exemple. Il ne sera pas possible de se cacher durant toute la journée avant la dernière ligne droite. Si la victoire venait à se jouer au sprint, le groupe ne fera pas plus de 60 coureurs et je sais que je peux en être le plus rapide après une course difficile. Je n’ai peur de personne, j’ai déjà battu tout le monde."

"La course la plus difficile de l’année"

Du haut de ses quinze années de professionnalisme, Tom Boonen a appris à décoder le fonctionnement médiatique. Il fut ainsi l’un des premiers à mettre en perspective la polémique née des températures jugées trop élevées pour le déroulement d’une course.

"A Bakou, lors des derniers Jeux Européens, personne ne s’est ému des 42°C qu’affichait alors le thermomètre. Oui, il fait chaud au Qatar mais ce n’est tout de même pas une surprise à cette période de l’année, les statistiques montrent qu’il fait toujours autour de 35°C à la mi-octobre. On sait aussi qu’il fait froid en Sibérie non ? (rires) Je préfère courir dans la chaleur que dans le vent glacial, mais celle-ci constitue un problème. C’est d’ailleurs toujours un problème. Mais on ne peut pas changer une course parce qu’il fait chaud. Je pense avoir disputé plus d’une centaine d’épreuves dans des conditions similaires durant ma carrière et vingt-cinq par des températures plus élevées."

L’Anversois est convaincu que les conditions si particulières auront un impact considérable sur le déroulement de l’épreuve. "Il faudra gérer son organisme pendant six heures de course, disposer d’encore assez de fraîcheur au moment d’arriver sur le circuit local pour espérer disputer la finale. Beaucoup de gars verront The Pearl, mais peu seront à l’arrivée. Vouloir boire est une chose, pouvoir le faire en est une autre… Sur le retour de Al Khor vers Doha, là où je suis persuadé que des bordures se créeront, je ne vois pas comment il sera possible d’attraper un bidon tendu par un assistant, la moto fraîcheur ou même le sélectionneur depuis la voiture."

Et de conclure: "Quand la bataille est totale et que cela roule à plus de 60km/h… Cela pourrait durer 20 à 30 kilomètres. J’ai aussi entendu qu’il n’était pas simple d’attraper les bidons sur les deux zones de ravitaillement du circuit local. Cette chaleur ajoutée à la bagarre que provoquera le vent dans le désert vont faire de cette course l’épreuve la plus difficile de l’année."